14 juill. 2010

289 – Un Jardin de la connaissance sujet à la controverse

Depuis l’an 2000, chaque été, le Festival international de jardins aux Jardins de Métis/Reford Gardens, à mi-chemin entre Rimouski et Matane, présente « des jardins éphémères qui se situent à la croisée de plusieurs disciplines : le design de paysage, le design de jardin, l'architecture, le design et l'art environnemental ». Dans le cadre de sa onzième édition, dont le thème est « Le Paradis » avec comme ville invitée Berlin, l’événement considéré comme l’un des plus importants à l’échelle internationale, propose une installation qui fait jaser : le Jardin de la connaissance imaginé par l’architecte paysagiste, enseignant, écrivain et jardinier allemand Thilo Folkerts et l’artiste canadien, écrivain et designer basé à Berlin Rodney Latourelle.

« Évoquant la relation mythique entre la connaissance et la nature, comme partie intégrante de la notion de paradis , […] les concepteurs sollicitent « la participation émotive du visiteur en exposant ces objets culturels fragiles, prétendument intemporels aux processus de décomposition. Les murs, les bancs et les planchers en livres usagés structurent une suite d’espaces qui sont à la fois cadrés et dissous dans leur environnement. Le dessèchement et l’altération des livres s’organisent entre des planches de couleur, qui sont comme des séparateurs. Cette détérioration est stimulée et accentuée par la présence de variétés de champignons qui sont cultivés sur certaines éditions de livres. Le jardin devient alors une salle de lecture sensuelle, une bibliothèque, une plateforme d’information, une invitation à la découverte d’un domaine étranger de la connaissance ».

40 000 livres (bibles, ouvrages sacrés, romans, dictionnaires, manuels de scien¬ce…) exposés au soleil et à la pluie sur lesquels les visiteurs peuvent marcher et s’asseoir et dont certains servent aussi à la culture de champignons.

La critique s’enflamme : scandaleux, provocateur, désolant comme décor, désastreux! Non sans rappeler les destructions publiques de livres à différentes époques de l’histoire de l’humanité!

Et pourtant… ces livres dits périmés, résultat d’un élagage réalisé par la Commission scolaire des Phares de Rimouski, ne sont pas certainement pas uniques. Ayant fait l’objet d’un dépôt légal, deux exemplaires sont préservés dans les grandes bibliothèques nationales et un très grand nombre d’entre eux se retrouvent dans des bibliothèques publiques. Aucun risque de perte des connaissances qu’ils véhiculent. Quant à savoir s’il n’avait été plus utile d’en faire bénéficier des milieux défavorisés, cette option n’a pas grand sens puisqu’il s’agit majoritairement d’ouvrage dont le contenu n’est plus d’actualité.

L’art est souvent sujet à controverse. On y voit bien ce qu’on veut y voir. À preuve, dans ce cas, les livres, de par le support sur lequel sont consignées les connaissances, sont des objets végétaux. Une matière que l’être humain a utilisée et continue d’utiliser en la cueillant dans la nature. Ce Jardin de la connaissance qui se gorgera d’eau, s’effritera et moisira tout au cours de l’été retournera à la terre une partie de ce qu’elle nous a temporairement prêté pour diffuser non seulement une partie des connaissances humaines, mais aussi son expertise et son savoir-faire. On n’est pas très loin du fameux « Arbre de la connaissance » du mythique « Paradis terrestre »! Je serai à Grand-Métis à la mi-août et, croyez-moi, mon opinion ne changera pas même si j’y découvre une de mes publications en train de s’y désagréger. Une fois l’événement terminé, ces ouvrages prendront la direction du recyclage ou du compostage pour une nouvelle utilisation.

Et si ce Jardin de la connaissance avait composé de centaines de milliers de cédéroms ou de dévédés, la critique aurait-elle été aussi sentie?

Michel Roberge

12 juill. 2010

288 – Six mois après le désastre à Haïti

Désolante la situation humanitaire en Haïti! On y promettait des milliards et on devait commencer à fournir des habitations correctes aux citoyens. En lieu et place, on continue de la parquer dans des espaces non sécuritaires qui sont menacés dans les ouragans à venir. Et les médias ne sont pas encourageants quant à l’utilisation adéquate des sommes qui ont été acheminées à partie de collectes nationales.

Et qu’en est-il de la récupération des dossiers administratifs enfouis sous les décombres? Les décombres sont toujours là le la mémoire organisationnelle de l’administration publique et d’un grand nombre d‘entreprises privées prisonnière ou tout bonnement en vois de destruction. Et les problèmes administrations semblent criants. On n’a qu’à penser à l’état civil comme le mentionnait dernièrement un intervenant de l’École nationale d’administration publique (ÉNAP) de Québec, lors du lancement d’un ouvrage publié par un coopérant survivant de l’Hôtel Montana. À son avis, rien n’avait encore été fait pour reconstituer les dossiers des administrations.

C’est à se demander si certaines ONG qui s’intéressent à la préservation de la mémoire organisationnelle sont efficaces : quelques jours après le tremblement de terre, j’avais offert mes services au Bouclier Bleu en compétant une fiche d’inscription. À ce jour, aucune confirmation de réception et aucune suite. Mes tentatives de sensibilisation (bureau de la Gouverneur générale du Canada, du Consulat d’Haiti à Montréal, d’un groupe d’intervenants de l’Université Laval…) n’ont pas eu d’écoute. C’est certain que l’aspect humanitaire prime sur le matériel. Je comprends qu’on souhaite également sauver le patrimoine culturel en danger. Mais le patrimoine de gestion est important puisqu’il documente les services aux citoyens.

Michel Roberge

9 juill. 2010

287 – Les 25 ans de La classification universelle des documents administratifs (CUDAD)

Entre 1975 et 1977, après deux années au Service des archives de l’Université Laval consacrées au déploiement du Cadre de classement documents de l’institution dont la forme intrinsèque ne facilitait pas son application, j’ai accepté un nouveau défi en tant que jeune praticien du métier encore peu expérimenté : concevoir et développer pour le compte du ministère québécois des Richesses naturelles, un schéma de classification hiérarchique pour l’ensemble des séries documentaires de l’organisme.

Dans un cours à la fin de mes études de premier cycle à l’Université Laval, on nous avait enseigné la démarche à suivre, la seule façon de faire envisagée à l’époque : réaliser un inventaire exhaustif des documents et des dossiers conservés dans l’ensemble des classeurs d’une organisation au moyen de plans de localisation et de formulaires pour la collecte des données devant permettre d’établir l’arborescence logique de classification et de classement. Aussi, pendant près de neuf mois, deux techniciens et moi-même avons colligé sur des milliers de fiches les données descriptives de dossiers identifiés librement par leurs créateurs.

Plus le travail progressait, plus il était difficile de tirer des lignes directrices dans une variété presque infinie de dénominations. Lorsqu’un bon matin, le sous-ministre responsable de l’administration m’a convoqué à son bureau pour s’enquérir de l’avancement des travaux, à peine le tiers des dossiers de la gestion des mines avaient été inventoriés. Il restait tout le secteur administratif (gestion administrative, ressources humaines, financières, informationnelles, matérielles, immobilières, communications, affaires juridiques) ainsi que les séries documentaires des deux autres fonctions de mission de l’organisation : la gestion des eaux et la gestion des forêts. Au rythme où se déroulait l’opération, on en avait pour plus d’une année avant de livrer la marchandise. J’ai rapidement compris qu’il y avait quelque chose qui clochait dans la méthodologie et j’anticipais la quasi-impossibilité d’analyser et de conceptualiser autant d’information.

En 1985, près avoir analysé une vingtaine de schémas de classification utilisés dans différentes organisations, un constat émergea : la récurrence des séries documentaires pour l’ensemble du domaine de la gestion interne. D’où l’idée qui m'est venue de produire un modèle « universel » de classification des documents communs à tout type d’organismes tant publics que privés et une première méthodologie de développement : La classification universelle des documents administratifs (CUDAD). Projet ambitieux et non sans lacunes pour le jeune professionnel que j’étais, mais très bien accueilli dans les milieux documentaires, malgré la complexité du format de code de classification suggéré, j’en conviens. Une approche de classification qui introduisait, pour la première fois, les notions de subdivisions récurrentes de subdivisions uniformes, spécifiques et nominatives afin de multiplier la puissance d'application de la pierre d’assise d’un système efficace de gestion documentaire. Une démarche de conception et de développement par modélisation qui, au fil des années, a évolué au grès de l’expertise acquise auprès de centaines d’organisations et qui permet de réduire sensiblement les coûts de mise en place d’un projet de Gestion intégrée des documents (GID) en format papier et technologiques.

Michel Roberge

7 juill. 2010

286 - Tout ce qu’il faut pour l’autopromotion des spécialistes du métier



J’ai découvert, par hasard, sur le site Web zazzle.ca une panoplie de produits de marketing pour faire la promotion du métier d’archiviste et de records manager (traduit soit dit en passant dans la légende par « directeur de disques »!!!).

Plus de 8300 objets de toutes sortes. L’embarras du choix!

Michel Roberge

5 juill. 2010

285 - Archives et démocratie au Congo

Le 9 juin 2010, à l’occasion de la Journée internationale des archives, le directeur général des Archives nationales du Congo, le professeur Antoine Lumenganeso, déclarait que les « pays dits développés témoignent avec conviction qu’un pays sans archives bien organisées et bien traitées est semblable à un navire sans boussole naviguant à vue et à un avion qui a perdu contact avec la tour de contrôle ». Dans le cadre des célébrations du 50e anniversaire de l’indépendance du pays, Radio Okapi, diffusait une émission d’environ 75 minutes au cours de laquelle elle demandait à ses auditeurs quelle était l’importance des archives dans le processus de démocratisation de la République du Congo.

Il est intéressant de comparer la voix officielle de l’archiviste nationale par rapport à l’opinion du président de l’association des archivistes et à celle des autres intervenants. Mais les préoccupations quant à la préservation des supports d’information et à la reconstitution de la mémoire historique nationale sont toujours d’actualité.

Plus d’une heure d’échanges sur les ondes de la radio sur l’importance des archives dans une société, c’est un moment privilégié plutôt rare.

Michel Roberge