D’abord celle de l’inadéquation de plus en plus flagrante entre le curriculum des programmes québécois de formation universitaire et même technique en gestion des documents avec les besoins du marché. Et ce même si certains de ces programmes ont été partiellement réformés au cours des dernières années. Au point où la même auteure se demandait, en octobre 2013, À quoi sert la maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information ? Sentiments aussi partagés par certains autres collègues si on en juge par les commentaires accompagnant le billet de novembre 2013 de Daniel Ducharme portant sur La question de la formation des gestionnaires de documents et des archivistes au Québec. Situation face à laquelle j’ai été régulièrement critique, au cours des dernières années, dans quelques-uns de mes propres billets.
À la lecture de ces témoignages et à la suite de conversations avec des collègues de travail et même de clients, la formation professionnelle des futurs experts en gestion des documents d’activité en format papier et technologique accuserait-elle un retard de plusieurs années sur la réalité du terrain ? Et l’intelligentsia archivistique qui contrôle à la fois le milieu professionnel et académique n’aurait-elle pas laissé passer le train du changement entraîné par la locomotive des technologies, se confortant sur ses prérogatives personnelles ? La nature ayant horreur du vide, pendant tout ce temps, subrepticement, les spécialistes des TI n'auraient-ils pas occupé le terrain en faisant croire que parce qu’on doit maintenant gérer des fichiers informatiques et des courriels, un emballage systémique disproportionné était requis ? De sorte que seuls des hybrides technologues/spécialistes de la gestion documentaire auraient une chance de tirer leur épingle du jeu ? Comme si, dans un centre hospitalier, on devait exiger à un orthopédiste d’être aussi qualifié en gynécologie et néphrologie !
Quiconque connaît ce métier, sait très bien que les
organisations n’ont pas besoin de tels hybrides, mais doivent plutôt constituer
des équipes multidisciplinaires internes ou mixtes (internes/externes) composées
de spécialistes professionnels et techniques en mesure de développer des outils
techniques, d’optimiser les processus de gestion, d’appuyer la gestion du
changement par la formation, l’accompagnement et le soutien des utilisateurs et
d’assurer l’intégration et le pilotage des solutions technologiques.
À la lecture de ce billet publié sur Le bloque de Nyctale, il me semble qu’il y a urgence en la demeure et que les préoccupations
de l’heure n’en sont pas à s’interroger à savoir si le principe du respect des
fonds ou la théorie des trois âges (dont soit dit en passant a vu son cas réglé
dans un des livres blancs découlant de la norme ISO 30301) sont encore au cœur
de l’archivistique contemporaine. La réflexion et surtout l’action doivent prioritairement
porter le développement professionnel et
sur le positionnement et la défense du métier au sein des organisations
publiques et privées québécoises.
Ce qui m’amène à mettre en évidence l’autre question soulevée par
Natalie. Quoique plus délicate, elle m’interpelle également compte
tenu de mes expériences vécues au cours des 7 dernières années : les firmes de consultants
« sont à la remorque des appels d’offres des ministères et que ces
derniers exigent de plus en plus de critères inatteignables pour celles-ci ».
Il ne faut pas se le cacher : le milieu gouvernemental
québécois constitue une opportunité pour la poursuite du développement de l’expertise
en matière de gouvernance documentaire dans un contexte de gestion intégrée des
documents en format papier et technologiques pour les quelques firmes
québécoises de consultants spécialisés dans le domaine. Et pour les ressources
professionnelles et techniques fraîchement diplômées qui constituent les
équipes internes de plusieurs ministères et organismes, souvent réduites en
nombre, quand ces brigades existent.
Ces exigences déclassent les petites
firmes (25 employés et moins) spécialisées du métier au profit des majors généralistes.
Je sais de quoi je parle, croyez-moi. Si vous en doutez, expliquez-moi comment
une entreprise qui œuvre dans le domaine depuis près de 30 ans, qui a à son
actif un personnel professionnel qualifié qui cumule des dizaines d’années de
réalisations concrètes auprès de centaines d’organisations de toutes tailles
tant pour la gestion des documents en format papier que technologiques n’a
jamais pu se qualifier en autonome à partir d’un appel d’offres public depuis
2006 ? Et elle n’est pas la seule… Il faut aussi creuser cette question des « critères inatteignables » qui n’est
pas sans lien avec la première partie de ce billet… et qui pourra faire l'objet d'un autre billet.
PS : Ce constat est-il trop alarmiste ? Exprimez-vous ! Ajoutez vos commentaires, qu'ils soient favorables ou non, même sous une forme anonyme : la formule le permet. Je publierai tout.














