29 nov. 2010

349 - Empreinte numérique et valeur juridique des documents technologiques


Je porte à votre attention cette analyse effectuée par Lucien Pauliac, président de l’Association Preuve & Archivage (APA) et intitulée La face cachée de la signature électronique : elle remet en cause la sécurité juridique de certains documents technologiques cryptographiés. Comment? En démontant que des documents Word ou PDF, par exemple, peuvent passer pour être faux alors qu’ils son vrais « à la suite d’actions inévitables et apparemment anodines, et en ne permettant pas de faire la différence entre ce qui est conséquent et de qui est insignifiant ».

Ainsi, un document rédigé au moyen du logiciel Microsoft Word 1997, converti en Word 2003, voit son empreinte numérique modifiée, même si le contenu est demeuré intact. Même résultat pour la conversion d’un fichier Word en PDF standard ou en PDF/A avec le logiciel Acrobat 8 ou converti en PDF avec le logiciel PDF Creator.

Je vous laisse prendre connaissance de la démonstration faite dans cet article fort intéressant.

Michel Roberge

26 nov. 2010

348 - La gouvernance de l’information, c’est sérieux !


Lu sur par hasard sur InfGov's Blog : « La gouvernance de l’information est une affaire sérieuse, très sérieuse et probablement TROP sérieuse pour être laissée dans les SEULES mains des … »

1) Informaticiens
[…] « Les directions informatiques se soucient peu de la valeur de l’information, mais beaucoup plus de son coût (production, stockage, conservation, restitution, circulation, exploitation, sécurisation, etc.). » […] - C'est un peu vrai.

2) Archivistes et Records Managers
[…] « Le records management ou l’archivage considère essentiellement la valeur patrimoniale et légale pour définir l’actif informationnel et supporter une politique de gouvernance de l’information, mais ce n’est pas […] suffisant :
– Le records management est statique alors que la gouvernance de l’information est dynamique,
– le records management est réactif alors que la gouvernance de l’information se veut pro active,
– le records management est principalement centré sur la rétention alors que la gouvernance de l’information est au service de l’exploitation des informations en support à la croissance des affaires.
» - C'est peut-être vrai (j'ai enfilé mon armure avant d'ajouter ce commentaire) mais cela dépend grandement des personnes impliquées. Si c'est cette image qui est projetée, il y a pas mal de chemin à parcourir popur la modifier.

3) Directeurs juridiques, Risk managers et Avocats
[…] « Les responsables juridiques ne se soucient pas de la valeur de l’information, ils cherchent à protéger l’organisation contre les risques liées à l’existence de l’information ! » - Ça c'est dans la nature même des choses !

4) Exécutifs
[…] « Au niveau exécutif, l’information peut être analysée et comprise, selon les influences déterminantes, comme un coût, une obligation, un levier, etc. et il leur devient plus difficile de gérer, seuls, cette question. » - Difficile à nier.

L’émergence d’un nouveau rôle
« C’est un manager qui sait gérer une équipe pluridisciplinaire réunissant des juristes, des spécialistes métiers, des responsables marketing, des architectes/urbanistes et des utilisateurs informatiques.

Cette équipe a mission d’instruire le programme de gouvernance de l’information à des fins de décision par l’exécutif au niveau global ainsi que des différents métiers.

Son rôle consiste à :
– mener à bien la synthèse de tous les besoins,
– valider l’évaluation des actifs informationnels (au regard des différents besoins),
– instruire les processus décisionnaires
– contrôler la mise en application des outils et des nouveaux services qui en sont issus.

La gouvernance de l’information est une affaire trop sérieuse pour ne pas être laissée dans les mains d’un collège d’experts doués de bon sens et soucieux d’efficacité et de pragmatisme.
»

Ouf ! Où se trouve cette perle rare ou existe-t-elle ?

Michel Roberge

25 nov. 2010

347 - La mémoire trouée des Québécois


Outré. Je suis outré par les révélations faites dans le journal Le Devoir de Montréal à propos du pillage des archives nationales du Québec et de l’incapacité de l’institution de protéger la mémoire « originale » du Québec :

La mémoire du Québec pillée au fil des siècles
Des documents volés revendus aux enchères
Archives nationales - Trou de mémoire
Libre opinion - BAnQ fait tout pour préserver la mémoire du Québec

J’ai œuvré pendant sept ans au sein des Archives nationales du Québec (ANQ), avant qu’elles soient fusionnées pour des raisons obscures avec la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ). Ottawa l’avait fait, le Québec a suivi! Et la capitaine du nouveau paquebot de verre d'alors nous assurait que l’organisation aurait désormais les moyens de remplir sa mission. Constat : foutaise! Les archives sont reléguées à la cale du navire. C’est normal, les archives sont toujours dans des sous-sols sombres, humides et poussiéreux.

« On n’a pas de moyens pour récupérer les documents originaux de notre mémoire nationale ». L’important c’est que les documents dans leur forme originale soient protégés, même si on n’y a pas accès. D’accord, si les originaux étaient détruits, on peut se contenter de copies. Mais quelle nation qui se respecte, accepte que ses documents fondateurs soient détenus par des étrangers? Pas de moyens pour récupérer et aucune volonté pour garder ici des fonds d’archives privées d’importance. Régulièrement, des collections d’archives de grande valeur pour l’histoire du Québec prennent la route vers les archives du Canada sans que s’y intéresse Bibliothèque et Archives nationales du Québec. Dans les années 80, le slogan des Archives nationales du Québec était : « Les archives, la Mémoire des Québécois ». Et on en était tous fiers comme membres de cette institution de collaborer à sa constitution et à sa protection.

En 2010, c’est un scandale de constater qu’il y a un trou béant dans cette mémoire, une brèche qui ne cesse de s’agrandir en catimini. Le tout fait probablement partie d’une même politique de culture et d’éducation qui vise à faire des Québécois des ignares de leurs origines, incapables d’évaluer et d’orienter, à la lumière du passé, leur avenir collectif comme Nation en Amérique.

Pas surprenant d’apprendre, le même jour que celui de la publication de ces articles que les nouvelles générations de Québécois ne connaissent même pas les fondements de leur histoire : la Révolution tranquille, c’est quoi ça? Robert Bourassa et Jean Drapeau, connaît pas. Lord Durham : c'est qui c'gars là? Et pourquoi pas René Lévesque, premier ministre du Canada! Que voulez-vous, on n’a pas les moyens… Au risque de me répéter, outré, je suis outré!

Michel Roberge

24 nov. 2010

346 - La preuve électronique au Québec



Vient de paraître en format papier ;-) : Phillips Mark. – La preuve électronique au Québec. - Markham : LexisNexis, 2010. - 164 pages. ISBN : 978-0-433-45952-1.

D’ici à ce que je vous en reparle, vous pouvez en consulter la table des matières.

Michel Roberge

345 - Mise en voix de vieux documents


Je veux porter à votre attention cette expérience intéressante de « vocalisation » de documents anciens rédigés en « vieux français ». Un résultat étonnant obtenu dans une commune française du département de la Mayenne, la ville de Changé. Je vous laisse en juger par vous-même.

Michel Roberge

22 nov. 2010

344 – Qui suis-je ou qui fus-je?


Suis-je ou ai-je été archiviste, gestionnaire de documents (Records Manager) ou conseiller en gestion des documents?

Dans toute ma carrière, je considère n’avoir jamais été archiviste. À l’Université Laval, en 1975-1976, j’ai porté le titre d’archiviste, mais je n’étais pas archiviste. Je n’avais aucune responsabilité professionnelle par rapport aux archives historiques institutionnelles. J’agissais en tant que « spécialiste » (le mot est un peu fort puisque de débutais dans le métier) en gestion des documents responsable de la mise à jour et du déploiement du « Plan de classement uniforme » des documents administratifs dans les unités administratives, les départements et les facultés de l’institution.

En 1977, j’ai quitté l’Université Laval pour accepter un poste d’« analyste en procédés administratifs » au ministère québécois des Richesses naturelles en tant que responsable de la conception, développement et du déploiement du schéma de classification devant être mis en application dans les unités administratives de cet organisme public. Je faisais partie du Service de la gestion des documents qui avait, entre autres, la garde des « archives des mines » qui étaient des documents administratifs du secteur des mines, mais qui n’étaient pas vraiment des documents d’archives (dans le sens d’archives historiques). Je n’avais aucune responsabilité de gestion de ces documents et j’agissais à titre d’ « expert » (possédant à peine deux années d’expérience) en gestion documentaire. Je n’étais donc pas archiviste. Conseiller en gestion des documents? Probablement sans en avoir la dénomination. Gestionnaire de documents : c’est l’expression qui était utilisée à l’époque pour « Records Manager ». Sans le savoir, je l’étais sans en être véritablement conscient parce que je devais gérer les documents de mon poste de travail.

En 1979, j’ai été muté aux Archives nationales du Québec : l’autorité archivistique québécoise, comme on dit dans la norme ISO 15489. Responsable du développement des systèmes, particulièrement du système informatique SAPHIR d’inventaire des documents d’archives conservés dans les différents centres d’archives de l’institution. Je n’étais ni archiviste, ni gestionnaire des documents de l’organisation, ni conseiller en gestion des documents. Je m’immisçais dans le merveilleux (!) monde de l’informatique tout en gérant les documents de mon unité administrative. Un non-archiviste dans un sacro-saint lieu d’archivistes.

Par la suite, après avoir administré le programme de formation en gestion des documents administratifs et des archives de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) pendant quelques années (où je n’étais ni archiviste, ni gestionnaire de documents, ni conseiller en gestion documentaire), j’ai créé, avec deux associés, mon entreprise de consultation où, depuis 25 ans déjà, je n’y suis pas archiviste : cette dénomination n’apparaît pas sur ma carte professionnelle. Parce que je suis président et chef de la direction, la mention Conseil et de formateur en GID n’y apparaît pas bien que j’agisse occasionnellement en tant que tel. Depuis 1990, j’y conçois des solutions logicielles sans être un spécialiste des TI. J’édite des ouvrages techniques sans être éditeur. Par contre, je gère les documents et les dossiers de mon bureau. Il y a quelques années, j’ai même numérisé des documents pour un client sans être commis à la numérisation.

J’aurais donc dû être un archiviste. Je me serais peut-être posé moins de questions existentielles! Après 35 ans, il est trop tard…

21 nov. 2010

343 - Happy birthday W!


Ne vous y méprenez pas : je ne suis pas un admirateur de W le simplet. Je veux humblement souligner les 20 ans du triple W dont la création fut un des instants décisifs qui a eu un impact majeur dans l’histoire de l’humanité. Une arme de construction massive de liens et d’échanges instantanés d’information à l’échelle de la planète. Et le tout imaginé dans une note de Tim Berners-Lee, chercheur en informatique du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) intitulée WorldWideWeb : Proposal for an HyperText Project (mars 1989).

Selon son auteur, « HypetrText est une façon de lier et d’accéder à des informations de différentes sortes à la manière d’une toile à travers laquelle l’usager peut naviguer à volonté. Il fournit une interface unique pour de larges ensembles d’informations (rapports, notes, bases de données, documentation informatique et aide en ligne) ».

En novembre 1990, le projet est relancé en collaboration avec l’ingénieur belge Robert Caillau. 20 ans plus tard, un résultat impressionnant : Internet, intranets, extranets, courriels, blogues, wikis, folkosomie… et solutions logicielles de gestion intégrée des documents (GID) en format papier et technologiques. (Source : Agence Science Presse)

Michel Roberge

19 nov. 2010

342 - Lee Child et le processus d'accès aux archives de l'armée

Dans une des aventures de Jack Reacher (Des gages pour l’enfer. – Paris : Éditions Ramsay, 2000. – 378p.), l’écrivain anglais Lee Child imagine ou décrit aux pages 219 à 223 le processus de consultation des documents d’archives militaires de Saint-Louis :

« L'accès du public aux archives était strictement limité. […] les dossiers militaires peuvent être très directs dans leurs commentaires, il faut pouvoir les lire et les interpréter dans leur contexte. […] Mais à présent, [Reacher] se demandait comment accéder à ces millions d'informations classées dans des millions de dossiers. Avec la meilleure volonté du monde, le personnel des archives pouvait mettre des jours, voire des semaines, à trouver le renseignement demandé. C'était souvent le cas autrefois et, à l'époque, Reacher s'amusait de l'énergie que déployaient les uns et les autres pour mettre la main sur le bon dossier.

Jodie
[l’avocate qui accompagne Reacher] et lui pénétrèrent dans le bâtiment et se dirigèrent vers l'accueil. Une femme d'un certain âge se tenait au guichet. Elle portait un uniforme d'adjudant et paraissait plongée dans ces papiers qui absorbent toujours tellement les fonctionnaires quand on attend qu'ils lèvent enfin les yeux. Au bout d'un long moment, sans un mot, elle leur tendit deux formulaires et désigna du menton un stylo retenu par une chaînette à l'autre bout du guichet. C'étaient des demandes d'autorisation. […] Quelqu'un allait venir chercher les formulaires et entamer de longues et patientes recherches dans le labyrinthe des archives.

[…]

- Qui dirige les recherches aujourd'hui? Demanda soudain Reacher. […]
- Le commandant Theodore Conrad, répondit-elle à contrecoeur.

[…]

L'homme les attendait sur le palier. Un uniforme d'été, un nom inscrit sur une petite plaque de plastique agrafée sur sa poitrine. Quarante-cinq ans environ. Lamine sympathique, mais dissimulant peut-être un peu d'amertume. Être encore aux archives à quarante-cinq ans n'était pas le signe d'une brillante carrière.

[…]

Conrad décrocha son téléphone et demanda le dossier Hoble. À peine cinq minutes plus tard, on frappait à la porte du bureau.
- Rapide, fit Jodie.
- Non, pas vraiment, répondit Conrad. Réfléchissez : le soldat m'entend dire H comme Hoble. Il se précipite dans la section H, localise le fichier, l'attrape et court avec jusqu'à mon bureau. Nos soldats sont censés recevoir un entraînement physique leur permettant de couvrir un kilomètre et demi en cinq minutes. Et il y a bien moins d'un kilomètre et demi entre la section H et ce bureau. Par conséquent, ce soldat s'est montré un peu lent. Je le soupçonne d'avoir été retardé par le délicieux adjudant de la réception.
»

Michel Roberge

17 nov. 2010

341 - Un accès géographique ou thématique en temps réel des tweets les plus populaires

Je vous invite à consulter le site de Trendsmap.com, un outil très intéressant pour retracer en temps réel les messages diffusés sur Twitter sur une base locale ou thématique. Les sujets les plus discutés y sont affichés sous forme de tags en nuages à l’échelle mondiale, régionale ou locale :



Bien plus, il est possible, d’un seul coup d’œil au bas de la carte géographique, d’identifier et de consulter les sujets les plus discutés dans un choix de ville donnée ou sur les thèmes les plus récurrents. Dans le cas d’une ville, le système affiche la liste des thèmes les plus populaires. Il s’agit d’en sélectionner un pour voir se dérouler les tweets publiés. À partir d’un d’entre eux, il est aussi possible d’accéder au compte de l’émetteur pour consulter ses autres messages.
D’autres informations sont aussi disponibles telles que des liens vers des blogues, des sites, des articles, des vidéos, des images, des personnalités, des tags les plus populaires et les villes à proximité de la ville sélectionnée.

Si par contre on sélectionne un sujet, la liste déroulante des tweets est alors affichée, le tout en temps réel. J’ai même vu passer un de mes messages pendant que je consultais TrendsMap.

Enfin, le site permet également de faire une recherche sur une ville ou sur un thème de son choix. Dans tous les cas, un graphique illustre la répartition du nombre de messages émis sur une période de sept jours.

À quand une solution logicielle similaire pour la gestion intégrée des documents qui informerait, en temps réel, les usagers accrédités de la création, de la réception ou de l’expédition de nouveaux documents relatifs à un dossier, à une unité administrative, à un sujet…?

On peut rêver, non?

Michel Roberge

15 nov. 2010

340 - Qwiki un nouveau moteur de recherche sur le Web... en émergence

Pour chercher de l’information sur le Web, il y a Google et compagnie qui ne se contentent que de renvoyer des données et des liens textuels. Un nouvel outil, en version Alpha, propose d’assembler l’information textes – images – sons sur un sujet recherché et de la diffuser de façon dynamique : il s’agit de Qwiki, une entreprise fondée Louis Monnier (cofondateur d'Altavista qui a aussi travaillé pour DEC, EBay, Google).

« Le principe est simple, Qwiki, à partir des données trouvées en temps réel lors d'une recherche sur le web, va les trier et les présenter de manière structurée en image commentée par une voix de synthèse ! »

Une vidéo vaut mille mots :



Intéressant et prometteur.

Michel Roberge

12 nov. 2010

339 – Lucky Luke destructeur d’archives

La dernière aventure de l’« homme qui tire plus vite que son ombre » imaginée par Daniel Pennac et Tonino Benacquista, Lucky Luke contre Pinkerton (Lucky Comics, 2010, 46 pages) fait de celui-ci un destructeur d’archives. Le scénario, basé sur des faits historiques, met en scène, entre autres, le président Lincoln et son détective privé Allan Pinkerton (dont une photo d’archives est d’ailleurs reproduite à la fin de la bande dessinée). Celui-ci est le fondateur de la Pinkerton’s National Detective Agency dont le slogan est « We never sleep » qui oblige Luky Luke à prendre sa retraite. Une agence américaine qui existe toujours et compte plus de 48 000 détectives.

À la page 12 du récit, à droite de la porte du bureau où s’affaire un personnel à la recherche de nombreux contrevenants, une affichette indique où se trouvent les archives, à l’opposé des cellules. Des archives, on l’apprendra 25 pages plus loin, qui cumulent des dizaines de milliers de fiches d’information sur autant de citoyens. De quoi vous rappeler les fichiers de la Stasie et ceux de la police de Franco (que j’ai eu l’occasion de voir à Salamanca, Espagne)…


Les événements feront que malgré lui, Pinkerton, pris en otage par les célèbres frères Dalton devra se résigner à faire appel à notre valeureux cowboy. Celui-ci, constatant l’existence de cet immense fichier de renseignements personnels, décidera de se faire justicier et de le détruire par le feu...


...au grand dam de Pinkerton de s’écriera « Mes fiches! Le travail de toute une vie ».

Michel Roberge

10 nov. 2010

338 - La vitesse des changements technologiques

Voici quelques réflexions tirées de l'excellent ouvrage N’espérez pas vous débarrasser des livres. - Paris : Grasset, 2009. - pp. 47, 48, 49, 50 et 53 sur l'évolution rapide des technologies :

« …chaque fois qu’une nouvelle technique apparaît, elle veut faire la démonstration qu’elle dérogera aux règles et contraintes qui ont présidé à la naissance de toute autre invention dans le passé. Elle se veut fière et unique. Comme si la nouvelle technique charriait avec elle, automatiquement, une aptitude naturelle pour ses nouveaux utilisateurs à faire l’économie de tout apprentissage. Comme si elle apportait d’elle-même un nouveau talent. Comme si elle s’apprêtait à balayer tout ce qui l’a précédée, faisant du même coup des analphabètes retardataires de tous ceux qui oseraient la refuser. »

[…]

« Chaque nouvelle technique exige une longue initiation à un nouveau langage, d’autant plus longue que notre esprit est formaté par l’utilisation des langages qui ont précédé la naissance de ce nouveau venu. »

Jean-Claude Carrière

« La vitesse avec laquelle la technologie se renouvelle nous oblige à un rythme insoutenable de réorganisation continuelle de nos habitudes mentales… »

[…]

« …chaque nouvelle technologie implique l’acquisition d’un nouveau système de réflexes, lequel exige de nous de nouveaux efforts, et cela dans un délai de plus en plus court. »

[…]

« …mon petit-fils, aussi doué soit-il, ne sera peut-être plus capable à vingt ans de comprendre la nouvelle technologie de son temps. Il y a ainsi des domaines de la connaissance où il est impossible de prétendre se maintenir très longtemps au fait des nouvelles évolutions. […] Vous êtes un génie à vingt-deux ans, vous devez passer la main. Même chose pour le joueur de foot. Après un certain âge, vous devenez entraîneur. »

Umberto Eco

8 nov. 2010

337 – Les impacts du tri et de l’échantillonnage de certains documents d’archives

Dans la gestion du sort final de certaines séries documentaires, quant à l’impossibilité de conserver l’ensemble des documents compte tenu de leur volume, le choix du tri et de l’échantillonnage s’impose. Des critères de sélection doivent alors être établis et approuvés. Dans certains cas, ces critères devraient permettre une certaine vérification avant de procéder. Les deux exemples ci-dessous d’application stricte de critères de tri et d’échantillonnage sont plutôt désolants. Ils sont cités par Georges Nicholson dans André Mathieu. Biographie publiée à Montréal, en 2010, chez Québec Amérique aux pages 436 et 444-445 :

« Le lendemain [27 février 1968], c’est la télédiffusion de cet unique récital jamais enregistré dans des conditions idéales, tant sonores que visuelles. Des photos prises à toutes les époques de la vie d’André [Mathieu] ont été agrandies et la caméra, pendant qu’il joue, se promène d’un visage à l’autre, illustrant les étapes de la vie de celui qu’on entend. Hélas, cette émission n’a pas été conservée dans les archives de Radio-Canada; l’émission Jeunesse Oblige étant une émission quotidienne, on ne gardait qu’une émission par semaine et c’est celle du 29 février qui a été retenue. »

« … le mercredi 17 [avril 1968), André [Mathieu], sans doute grâce à l’intervention de son ami André Morin, est invité à nouveau à la télévision de Radio-Canada pour participer à l’émission Femme d’Aujourd’hui, animée par Aline Desjardins et Yoland Guérard et réalisée par André Groulx. Pas plus que l’émission Jeunesse Oblige du 27 février [1968], cette rencontre à la veille du dernier concert de sa vie n’a été conservée dans les archives de Radio-Canada. »

Michel Roberge

5 nov. 2010

336 - Une tablette… de lecture? Vraiment?

Dans sa chronique du 12 septembre 2010 intitulée Souvenirs de vacances et publiée dans le journal Le Soleil de Québec, le chroniqueur Didier Fessou nous livre ses observations sur ce qu’il est convenu d’appeler les tablettes de lectures ou liseuses électroniques.

À Chicago, il a constaté dans l’Apple Store qu’aucune personne (« des jeunes coqs pour l’essentiel ») « ne consultait la liste des livres disponibles et personne ne se servait de la chose pour lire. Ce sont les jeux électroniques qui semblaient retenir l'attention ». Et dans une réunion de famille à Ottawa, « le maître de maison était fier de nous présenter son dernier gadget : un iPad. Sur lequel il a fait défiler le film d'une de nos nièces après nous avoir montré toutes les possibilités de la bébelle. Un iPhone, mais en plus gros et en plus performant. De livres, là encore il n'en fut point question! » Il en profite d’ailleurs pour citer certaines statistiques lues dans l'édition du Newsweek du 9 août :

« Le numéro 1 des best-sellers du New York Times, c'est 30 millions d'exemplaires écoulés à travers le monde. Le numéro 1 des best-sellers du Kindle, c'est un million d'exemplaires téléchargés.

[…]

L'an dernier, les éditeurs américains ont vendu pour 249,2 millions $ de livres imprimés. Le Kindle, lui, a généré des ventes de 29,3 millions $.

Une fois qu'ils sont en possession d'une liseuse comme Kindle, seuls 15 % des consommateurs disent arrêter d'acheter des livres imprimés. »

Sans compter que l’ « émission de carbone pour fabriquer un seul Kindle équivaut à l'émission de carbone pour produire 45 livres imprimés ».

Est-il trop tôt pour conclure à une fumisterie? Sous le couvert de tablettes dites de lecture essaie-t-on de nous refiler un autre gadget technologique? Même la page d’accueil du site Web de l'ExoPC ne met pas en scène un livre électronique, si ce n’est à une BD!

Michel Roberge

3 nov. 2010

335 – La cote 400

Je me permets une suggestion de lecture. Le bref roman (un rouleau à Kerouak d’à peine 64 pages) de Sophie Divry, La cote 400 (Paris : Les allusifs, 2010), une jeune auteure lyonnaise qui nous permet de faire connaissance avec une bibliothécaire singulière et attachante, esseulée dans ses rayons et dans sa vie :

« Une bibliothécaire d'une cinquantaine d'années, après vingt-cinq années à faire ce métier, et en bonne partie dans la cave d'une bibliothèque de province, à ranger des livres sagement alignés dans leur rayon respectif, et qui trouve ce métier terrifiant à maîtriser cette vertigineuse production humaine, fruit de deux milles ans de civilisation. Elle qui ne s'accorde d'autre fantaisie que d'installer une plante verte pour rendre les lieux plus agréables, mais qui pulvérise dans l'explosion de son monologue théâtral l'ordre et «la toute puissance de la rationalité», incarnée par le système de classification de Dewey. Dans son sous-sol, on lui balance tout ce qui ne peut être classé : les numismates, les médailles militaires, la généalogie, la psychanalyse, l'occultisme... Et la cote 400 est vacante depuis qu'on a mis les religions avec l'histoire et ça lui donne le vertige d'imaginer quel domaine du savoir prendra cette place.

Ici, les livres deviennent des êtres de chair ; les personnages de roman, des interlocuteurs avec qui partager nos expériences ; les écrivains, poussés par des envies, par des souffrances, des hommes et des femmes d'abord et avant tout. Ici, le livre est fait pour dialoguer avec son lecteur. Pas fait pour être rangé derrière une vitrine. Pas fait pour entrer dans un quelconque système. Pas fait pour rester là, muet, sans rien à donner et sans déranger personne. Au contraire.
»

Si vous avez à cœur la classification, l’ordre, les structures, la hiérarchie, le rationnel. Heureux de constater qu’elle utilise aussi le mot « dévédé » en lieu et place de DVD et, pourquoi pas le « Hipaude » (iPod) prononcé à la française? Dans la même veine, j’ajouterais le « Hipade » (iPad).

Du gâteau ce long monologue parfois hystérique sur le métier de bibliothécaire et sur le rôle sociétal de la bibliothèque. Je regrette de ne pas avoir rencontré l’auteure lors de mon dernier passage à Lyon.

Michel Roberge

1 nov. 2010

334 - Novembre : le mois des morts


Dans la tradition judéo-chrétienne, le mois de novembre est celui des morts et celui ou les « feuilles mortes se ramassent à la pelle ». Peu importe les croyances religieuses, novembre est peut-être la période idéale et symbolique pour la mise en application annuelle du calendrier de conservation de votre organisation quant au sort final des séries documentaires devenues inactives ou inutiles de chaque unité administrative.

À l’aide de votre logiciel de Gestion intégrée des documents (GID), vous savez que vous pouvez très facilement produire les listes de dossiers et de leurs composantes en format papier et technologiques à traiter. Ces listes servent à requérir l’autorisation d’application du sort final : tout à détruire, à archiver ou à verser en totalité aux archives ou à trier (en détruire une partie et à archiver le reste en fonction du critère de tri établi dans la règle de conservation).

En produisant et en diffusant ces listes dès aujourd’hui (il ne faut que quelques minutes au logiciel pour vous les fournir), vous pourrez obtenir les autorisations au cours de la semaine prochaine et procéder ou faire procéder d’ici la fin du mois. Et le tour sera joué pour cette année.

Si, par malheur, vous ne disposez pas de solution logicielle de gestion documentaire ou si l’application logicielle de votre organisation n’offre pas cette fonctionnalité intégrée, bonne chance ou à l'année prochaine!

Michel Roberge