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5 avr. 2010

251 – La Déclaration d’indépendance d’Haïti est à Londres!!!


Qui l’eut cru? Ce qui pourrait être le seul exemplaire de la Déclaration d’indépendance de Haïti, un document de 8 pages daté du 1er janvier 1804, intitulé Liberté pour la mort, a été trouvée par une étudiante canadienne de l’America's Duke University, Julia Gaffield, dans les UK National archives à Londres. Un document recherché depuis près d’une centaine d’années. L’annonce en a été faite sir le site des archives britanniques le 1er avril… et ce n’est pas un poisson d’avril! Le document était joint à une lettre de Jacques Dessalines, Gouverneur général de la République de Haïti du 20 janvier 1804 à George Nugent, Lieutenant-gouverneur de la Jamaïque.

Selon l’Agence France Presse (AFP), l’étudiante de 26 ans espère que le document pourra être prêté à Haïti pour y être exposé. Prêté? On ne prête pas à un pays sa déclaration d’indépendance! On la lui remet. Sinon on pratique un colonialisme culturel et archivistique, ce qui va à l’encontre du principe de respect des fonds d’archives que tous les archivistes de la planète reconnaissent. D’ailleurs, à quel fonds devrait appartenir cet exemplaire unique essentiel pour le peuple haïtien? À mon humble avis, il devrait réintégrer les Archives nationales d’Haïti.

Imaginez le seul exemplaire connu de la Déclaration d’indépendance américaine retrouvé aux Archives nationales de France : l’état français se contenterait-il de prêter ce document fondateur à Washington pour une exposition temporaire?

Michel Roberge

16 déc. 2009

197 - Redde Caesari quae sunt Caesaris…

Cette locution du Nouveau Testament (Matthieu, XXII, 21), « Rendez à César ce qui appartient à César » trouve aussi son sens quand on pense que les civilisations humaines conquérantes ou colonisatrices se sont fait un devoir de piller celles qu’elles ont conquises ou colonisées. Deux exemples qui alimentent l’actualité nous amènent à nous interroger sur le droit de propriété de documents qui faisaient partie du patrimoine d’une nation.

On connaît tous la pierre de Rosette qui fut découverte dans le village de Rachïd (Rosette), en 1799 pendant la campagne d'Égypte de Napoléon Bonaparte. Un document important qui a permis le déchiffrement de l’écriture égyptienne par Jean-François Champollion une vingtaine d’années plus tard. Or cette stèle est exposée au British Museum depuis plus de 200 ans. Récemment, le chef du Conseil suprême des antiquités égyptiennes, M. Hawass, a réclamé sa restitution : « Elle appartient à l’Égypte, elle devrait y revenir […] Nous vous l’avons offerte comme un don de courte durée, nous devons récupérer notre don ». Il semble que le British Museum ne consentirait qu’à étudier une demande de prêt seulement et non disposé à remettre à l’Égypte cet élément du patrimoine égyptien, et bien d’autres!

Autre exemple. En 1945, un soldat américain, John Pistone, a trouvé dans une résidence d’Adolf Hitler (Berghof dans les Alpes bavaroises) un album de photos de toiles sélectionnées par le dictateur nazi pour son projet de Führermuseum à Linz (Autriche). Toujours vivant, cet ancien combattant avait conservé ce document chez lui, en Ohio. Des recherches sur Internet d’un ami de M. Pistone ont permis de découvrir qu’une fondation texane pour la protection de l’art avait récemment participé à la restitution de deux autres albums appartenant à une série sur des œuvres d’art volées par les nazis à des juifs. Il semble que l’album « emprunté » par l’ex-militaire américain ferait partie de la même série. Son « emprunteur » a promis de le restituer officiellement à l’Allemagne. Une histoire qui a une fin plus respectueuse des sources documentaires que la précédente.

Michel Roberge