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5 janv. 2015

968 - Perte de millions de courriels par les entreprises

Selon un sondage EMC réalisé dans vingt-quatre pays auprès de 3 300 décideurs en technologies de l’information (TI) de moyennes et de grandes entreprises rapporté par Dominique Lemoine sur le site Web de Direction Informatique, « les entreprises auraient perdu en moyenne 400 % plus de données depuis 2012, c’est-à-dire l’équivalent de 24 millions de courriels par entreprise ».

La même enquête rapporte que « la plupart des entreprises répondantes ont indiqué ne pas être bien préparées pour affronter l’ère de la mobilité, de l’infonuagique et des données volumineuses (Big data en anglais) ».

Plutôt inquiétant, non ?

8 nov. 2010

337 – Les impacts du tri et de l’échantillonnage de certains documents d’archives

Dans la gestion du sort final de certaines séries documentaires, quant à l’impossibilité de conserver l’ensemble des documents compte tenu de leur volume, le choix du tri et de l’échantillonnage s’impose. Des critères de sélection doivent alors être établis et approuvés. Dans certains cas, ces critères devraient permettre une certaine vérification avant de procéder. Les deux exemples ci-dessous d’application stricte de critères de tri et d’échantillonnage sont plutôt désolants. Ils sont cités par Georges Nicholson dans André Mathieu. Biographie publiée à Montréal, en 2010, chez Québec Amérique aux pages 436 et 444-445 :

« Le lendemain [27 février 1968], c’est la télédiffusion de cet unique récital jamais enregistré dans des conditions idéales, tant sonores que visuelles. Des photos prises à toutes les époques de la vie d’André [Mathieu] ont été agrandies et la caméra, pendant qu’il joue, se promène d’un visage à l’autre, illustrant les étapes de la vie de celui qu’on entend. Hélas, cette émission n’a pas été conservée dans les archives de Radio-Canada; l’émission Jeunesse Oblige étant une émission quotidienne, on ne gardait qu’une émission par semaine et c’est celle du 29 février qui a été retenue. »

« … le mercredi 17 [avril 1968), André [Mathieu], sans doute grâce à l’intervention de son ami André Morin, est invité à nouveau à la télévision de Radio-Canada pour participer à l’émission Femme d’Aujourd’hui, animée par Aline Desjardins et Yoland Guérard et réalisée par André Groulx. Pas plus que l’émission Jeunesse Oblige du 27 février [1968], cette rencontre à la veille du dernier concert de sa vie n’a été conservée dans les archives de Radio-Canada. »

Michel Roberge

18 août 2010

294 - Les avatars technologiques des archives personnelles d’un écrivain

Voici un bel exemple des problèmes potentiels relatifs à la pérennité des documents d’archives et du filtre de l’information imposée par les technologies de l’information (TI).

L’écrivain Salman Rushdie a récemment cédé ses archives personnelles à l’Emory University d’Atlanta. Le problème comme le relatent Pierre Assouline dans son blogue du journal Le Monde et Patricia Cohen dans le New York Times, c’est qu’une bonne partie des 18 gigaoctets de fichiers informatiques ne sont pas lisibles ce qui pose un dilemme archivistique important : « soit sauvegarder ces archives de manière fragmentaire au risque de faire disparaître l’unité de leur présentation d’origine, soit la conserver et recréer son univers électronique au risque de rater la sauvegarde ». Parce que l’écrivain a déjà déclaré que « l’écriture sur écran a modifié sa manière et son style », les archivistes de l’université « ont opté pour la deuxième solution, convaincus que l’organisation du travail d’un écrivain, la composition de ses écrits dans leur ordre et leur disposition même, l’inventaire des sites qu’il a consultés pendant qu’il préparait son roman, sont aussi importants que le contenu ».

Ce fait divers n’est pas sans me rappeler ce commentaire de Jean-Claude Carrière dans N’espérez pas vous débarrasser des livres (Paris : Grasset, 2009. – pp. 123-124) : « Ce qui me manque, avec l’usage de l’ordinateur, ce sont les brouillons. […] Il me manque ces ratures, ces mots jetés en marge, ce premier désordre, ces flèches qui partent dans tous les sens et qui sont une marque de vie, de mouvement, de recherche encore confuse. Et autre chose : la vision d’ensemble ».

La question de la qualité et de la fiabilité des archives dont on dispose peut être légitimement soulevée à partir de cette réflexion de Jean-Claude Carrière (même source, p. 73) : « La mémoire est une question de choix, de préférences, de mises à l’écart, d’omissions volontaires et involontaires… Je suis historien de formation et je sais à quel point nous devons nous méfier des documents censés nous livrer la connaissance exacte des événements du temps passé ».

Michel Roberge

15 févr. 2010

223 – La destruction des documents administratifs en Haïti

Vous me pardonnerez certainement encore une fois mon insistance à souligner cette situation catastrophique pour la relève de l’administration haïtienne à la suite du sinistre du 12 janvier 2010.

Il y a quelques semaines, j’avais fait parvenir un courriel à Monsieur Gilbert Lavoie, chroniqueur au journal Le Soleil de Québec, pour le sensibiliser à cette situation relatée dans aucun média écrit et électronique québécois.

Ce matin, dans un texte intitulé « Bienvenue au Québec », Monsieur Lavoie, envoyé spécial à Port-au-Prince, écrit, entre autres : « Hier midi, nous avons fait une visite au centre-ville. Je croyais avoir tout vu depuis mon arrivée ici. Erreur! Le quartier administratif et commercial est complètement dévasté. C'est comme si on avait largué des centaines de bombes sur cette zone. Tous les édifices sont en ruine ou condamnés. Celui du ministère du Revenu n'est plus qu'un amas de pierre et de débris. Toute la paperasse, les dossiers, les archives papier sont disséminés dans les débris et sont irrécupérables. »

Pour nous du métier de la gestion documentaire, les qualificatifs « disséminés » et « irrécupérable » ne doivent pas être considérés tant qu’on n’a pas fait tous les efforts techniques pour remédier à la situation. Nous savons toutes et tous que, dans nos sociétés du Nord, à la suite d’un incendie, d’inondations ou d’autre désastre, il est toujours possible de récupérer ce qui semble irrécupérable et de reconstituer les dossiers avec ce qui reste de documents. Lorsque les pluies diluviennes s’abattront dans la région, il en sera tout autrement.

Il me semble qu’il y a maintenant urgence à créer, sous la supervision de spécialistes, des commandos de la cueillette méthodique de tout ce qui est encore récupérable, quitte à procéder par la suite à l’assemblage des documents pour leur donner un certain sens pour l’avenir.

Michel Roberge

10 févr. 2010

218 - Haïti : Toujours à propos de la récupération des mémoires organisationnelles publiques

Quelques jours après de tremblement de terre, j’ai tenté de sensibiliser la gouverneure générale du Canada, Madame Michaëlle Jean, originaire elle-même d’Haïti ainsi que le premier ministre du Québec, Monsieur Jean Charest, de la récupération et de la sauvegarde des documents administratifs qui risquaient d’être détruits. Aujourd’hui, on peut dire qui sont détruits. J’ai aussi fait suivre le même courriel au Consul général de la République d’Haïti à Montréal, Monsieur Pierre Richard Casimir.

J’ai reçu, au cours de la journée d’hier, une réponse de la chef de l’État canadien :

« Monsieur,

Au nom de Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, j’accuse réception et vous remercie de votre correspondance suite au tremblement de terre qui a frappé Haïti.

Votre offre d’aide aux citoyennes et citoyens de ce pays est grandement appréciée. Le Bureau du secrétaire du gouverneur général vous invite à obtenir de plus amples renseignements sur la réponse canadienne, en consultant les sites Web suivants :

http://www.international.gc.ca/humanitarian-humanitaire/earthquake_seisme_haiti.aspx?lang=fra

http://www.acdi-cida.gc.ca/crisehaiti

Vous y trouverez également des renseignements sur l’aide que peuvent apporter les Canadiennes et les Canadiens.

En vous réitérant les remerciements de Son Excellence, je vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Shelagh Cimpaye
Bureau du secrétaire du gouverneur général
»

Très encourageant comme réponse uniforme à tout courriel reçu. C’est ce qu’on appelle la langue de bois. Du côté du bureau du premier ministre et du consulat d’Haïti, aucune réaction. Je me permets une réflexion qui vaut ce qu’elle vaut : dans le fonds, il y a peut-être des avantages que certains documents soient irrémédiablement détruits. Mais bien sûr, je fabule.

Michel Roberge

217 - Haïti : Ce qui devait arriver, a commencé à arriver

J’ai écrit le billet précédent au cours du week-end du 6 février. Hier soir, en processus de veille sur différents aspects qui touche mon métier, je suis tombé sur cet article désolant publié sur le site Web de Courrier international et intitulé Dans les ruines, la quête de biens négociables. Mes appréhensions soulevées dans des billets antérieurs (203 et 205) sont maintenant confirmées. Je me permets de reproduire le texte cet article qui mérite d’être mis en évidence :

« Il n’y a plus qu’un terrain vague au coin de la rue Pavée et des Magasins-de-l’Etat, là où se trouvait, jusqu’au 12 janvier, le principal bureau de perception de la compagnie Electricité d’Haïti. De l’EDH, il ne reste que des gravats et de la poussière. La ville est plongée dans le noir depuis le séisme, et les archives commerciales de la compagnie sont éparpillées aux quatre vents.

Quelques centaines de mètres plus loin, le bâtiment du Parlement, le Palais législatif, est comme coupé en deux : une partie gît, monticule de ruines, et une autre, blessée et éventrée, laisse apercevoir bureaux disloqués, classeurs ouverts et fauteuils sans dossiers. Aucune mesure particulière ne semble prise pour sauvegarder les documents ou les biens du corps législatif qui dorment là à ciel ouvert.

En face, près de la mer, ce sont le mugissement des pelleteuses et la danse des gros camions du Centre national des équipements qui donnent vie à l’ancien local de la chancellerie. Quelques détrousseurs de cadavres s’activent pour rechercher sacs à main ou téléphones. Des récupérateurs de métaux éventrent un classeur, aussitôt chargé sur une brouette qui attend d’être remplie pour partir vers une destination inconnue.

Là non plus, aucune précaution ne semble être prise pour inventorier, protéger ou conserver les documents qui se trouvaient dans le bâtiment du ministère des Affaires étrangères. Tout s’en va, fatras d’un temps révolu, dans les bennes des camions du CNE, qui font un travail exemplaire de déblaiement.

Sur l’avenue Charles-Summer, au siège du ministère de la Justice, le scénario est le même. Une excavatrice, un bulldozer et des camions s’esquivent, s’évitent, des personnes se servent dans l’immense pile de débris qui orne la cour de cette ancienne belle propriété qui fut jadis un hôtel.

Ici, aucun petit pillard ne rôde autour des restes de cet important ministère. Les murs d’enceinte ne sont pas tombés, les agents de sécurité qui sont encore en poste et les policiers disséminés sur tout le périmètre donnent l’impression que tout se passe dans l’ordre le plus parfait. Cependant, l’indifférence face aux dépouilles des documents administratifs est la même. Rien n’est récupéré, comme s’il fallait que l’Etat ancien disparaisse, tels les morts du 12 janvier que l’on enterre à la va-vite.
»

Cet article est complété par un diaporama de Frédéric Sautereau qui mérite d’être visionné, car il n’y a pas que les documents qui sont détruits, la vie quotidienne des Haïtiens l’est tout autant. Et le pire est à venir avec les pluies diluviennes prévues au cours des prochaines semaines.

Il continuer à sauver des vies et soutenir à notre choix l’une ou l’autre des principales ONG dans leurs missions humanitaires à Haïti :

- Centre d’étude et de coopération internationale (CECI)
- Croix-Rouge canadienne- Médecins sans frontières (MSF)
- OXFAM Québec
- UNICEF

Michel Roberge

18 janv. 2010

205 – Une des facettes du désastre à Haïti : la destruction d’une très grande partie des documents de gouvernance.

Pendant que l’aide humanitaire internationale s’efforce tant bien que mal de sauver des vies, de soigner les blessés et de sécuriser la population haïtienne, opération qui prendra certainement des semaines, voire des mois, la reconstruction du pays sera la prochaine étape. Les informations actualisées qui nous parviennent nous permettent de constater à quel point l’État haïtien ainsi que ses municipalités et ses organismes de santé et d’éducation ont subi des pertes d’infrastructures quasi irrécupérables : infrastructures physiques, matérielles et technologiques. Compte tenu de mon métier, ma préoccupation est aussi portée sur les ressources informationnelles détruites en partie ou possiblement récupérables parmi les débris, sous des tonnes de béton et des amas de poussière. Lorsque les pelles mécaniques, les rétrocaveuses et les bulldozers vont commencer à déblayer les ruines, le risque d’une plus grande perte est à craindre.

Nous sommes tous conscients que dans un tel contexte la reprise des activités, la légitimité des actions, la protection des droits, la gouvernance au quotidien sont définitivement en péril. Qu’en était-il avant le séisme? Et même avant les autres sinistres (inondations, tornades…) qui ont frappé ce pays au cours des dernières années? Le cas de Haïti, à cause des événements récents, occupe la presque totalité de nos préoccupations. Mais des situations similaires, d’une ampleur généralement non comparable, se produisent régulièrement. Et aussi dans un grand nombre de pays pauvres (n’ayons pas peu des mots) à la suite ou non cataclysmes.

Une ONG « Gestion documentaire sans frontières (GDSF) » pourrait-elle contribuer aux efforts de reconstruction du pays?

Plusieurs corps professionnels ont créé des infrastructures d’aide sous forme d’organisations non gouvernementales (ONG) dont il existe par exemple des sections québécoises : Médecins sans frontières (MSF), Pharmaciens sans frontières (PSF), Reporters sans frontières (RSF), Avocats sans frontières (ASF) à qui j’ai emprunté, sur leur site Web, l’image qui parle par elle-même et qui illustre ce billet, Enseignants sans frontières (ESF), Ingénieurs sans frontières (ISF)… Il y a bien l’organisation Archivistes sans frontières (ASF), une initiative catalane dont il existe une association française. Cette ONG se spécialise davantage dans l’aide à la sauvegarde du patrimoine archivistique (principalement les archives historiques) de certains pays africains ou du bassin méditerranéen).

Le désastre sur cette partie de l’île Hispaniola devrait peut-être nous inciter à envisager la création d’une nouvelle ONG dédier à aider les organisations sinistrées à récupérer et à rendre accessible les documents administratifs et les dossiers de gouvernance : une telle organisation, «Gestion documentaire sans frontières (GDSF) », pourrait avoir comme mission (très pointue, j’en conviens) d’intervenir en situation d’urgence pour le redémarrage des services administratifs d’organismes publics stratégiques. Une organisation qui pourrait avoir son siège social à Québec et qui, à partir d’un pôle d’expertise québécoise de toute origine en Gestion intégrée des documents en format papier et technologiques (processus et savoir-faire, ressources professionnelles et techniques, ressources matérielles… et surtout transfert local de connaissances) permettrait de regrouper les forces du métier au service des organismes dans le besoin. Il me semble que compte tenu de l’expertise acquise dans les milieux publics et privés depuis près de 45 ans, c’est au Québec que cette noble initiative devrait être prise.

À partir d’objectifs définis par les entités sinistrées et en appui aux ressources spécialisées locales, il serait alors possible de récupérer tout ce qui est récupérable, de reconstituer les éléments manquants, de réorganiser et d’entreposer le tout pour le rendre utilisable au moyen des technologies numériques. On pourrait aussi imaginer que des moyens d’hébergement temporaires pourraient sécuriser la gouvernance jusqu’à ce que les administrations puissent les reprendre en charge. Des tâches certainement colossales, des chantiers à moyen et à long terme avec un souci de pérennité pour l’avenir.

Je suis conscient que la mise sur pied d’une nouvelle ONG ne peut se faire du jour au lendemain, mais avec l’appui et l’expertise d'autres organisations similaires, un tel projet pourrait certainement être en mesure d’offrir ses premiers services dans des délais raisonnables (si la raison a sa place dans de telles circonstances). C’est une idée qui vaut ce qu’elle vaut. Elle est peut-être farfelue. Je la lance, telle une bouteille à la mer. Je vous invite à la relancer à votre tour en faisant circuler l’adresse précise de ce billet :

http://gestarcarnets.blogspot.com/2010/01/205-une-des-facettes-du-desastre-haiti.html

Qui sait? Elle peut faire du chemin si elle trouve des appuis et des intérêts.

En attendant, il faut sauver des vies et soutenir à notre choix l’une ou l’autre des principales ONG dans leurs missions humanitaires à Haïti:

- Centre d’étude et de coopération internationale (CECI)
- Croix-Rouge canadienne
- Médecins sans frontières (MSF)
- OXFAM Québec
- UNICEF

Michel Roberge

13 janv. 2010

203 – Haïti, 12 janvier 2010

Pas facile ce matin de publier un billet qui ne tienne pas compte des événements d’hier à Haïti. J’ai été rivé à mon téléviseur toute la soirée à l'affût du peu d’information qui pouvait provenir de cette portion de l’île Hispaniola. D’autant plus que deux employées de ma conjointe, résidentes de Québec, étaient arrivées à Port-au-Prince en après-midi dans le cadre d’une mission d’aide du Québec pour le développement de sites Web gouvernementaux. Elles devaient être logées à l’hôtel Montana qui semble avoir été détruit et devaient tenir une première rencontre avec les représentants de la présidence vers 16 h. Comme plusieurs édifices administratifs semblent avoir été détruits ou très endommagés, vous comprendrez que le téléphone et le Blackberry de ma conjointe n’ont pas dérougi pendant la soirée et une bonne partie de la nuit : les autorités gouvernementales québécoises étant à leur recherche. Tous sont inquiets.

En regardant le spectacle désolant des milliers de personnes encore une fois à la rue et des dégâts matériels, outre le désastre humain d’une population qui a eu, au cours des dernières années, son lot de malheurs, je ne pouvais m’empêcher de m’interroger sur les capacités de relève de l’administration déjà chaotique. Des personnes-clés tuées, des édifices effondrés, des documents essentiels à la gouvernance détruits ou perdus. Déjà, dans nos sociétés riches, l’information importante est souvent très mal protégée. Imaginez ce qu’il en sera pour l’État haïtien, pour la ville de Port-au-Prince, pour les organismes publics et les entreprises qui ont été dramatiquement touchés. La fragilité de nos sociétés technologiques qui reposent sur la disponibilité de l’électricité pour le fonctionnement des téléphones cellulaires, des systèmes informatiques, incluant Internet et des systèmes conventionnels de communication est plus qu’évidente. Dans des situations de sinistres majeurs, force est de constater qu’elle laisse les humains dépourvu de moyens efficaces de relève.

Michel Roberge

8 nov. 2009

181 – Décadence et grandeur de l’être humain


Si vous êtes, entre autres, amoureux des livres et des documents comme moi, je ne saurais trop vous recommander la lecture de Livres en feu – Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques de Lucien X. Polastron (Denoël 2009 – Folio Essais 519), celui-là même qui a publié un très beau livre sur l’histoire du papier. En plus de 400 pages bien documentées, l’auteur nous démontre comment « détruire la bibliothèque est un geste qui remonte à la plus haute Antiquité ».

Les sociétés humaines ont détruit plusieurs milliards d’exemplaires de livres et de documents pour des raisons politiques et, la plupart du temps, pour des raisons religieuses : plus de 125 exemples de destructions, incendies, pillages, brûlements, anéantissements, dévastations, autodafés, disparitions, sacs, plasticages, mainmises depuis la destruction des bibliothèques de Thèbes en 1358 avant notre ère jusqu’au « saccage de presque toutes les bibliothèques irakiennes à la suite de la « libervasion » américaine » nous y sont racontés. Et l’auteur de compléter son essai sur une question : « Attaque en règle contre le support papier, convoitises pharaoniques sur l’information numérisée… les dangers d’aujourd’hui sont-ils pires que les grands malheurs vécus part les bibliothèques? »

Mais cet ouvrage n’est pas que funeste. À preuve, ces quelques notes de lecture à propos des :

Tablettes d’argile : « C’est au creux de l’argile ramassée entre le Tigre et l’Euphrate que se poinçonnait le suméro-akkadien, surnommé vulgairement « le cunéiforme », qui servit de moyen d’enregistrement à une bonne dizaine de langues variées. La tablette était séchée au soleil, ce qui la rendait friable, ou au four, après que l’on y eut ménagé de fines cheminées pour qu’elle n’éclate pas. Objet inusable, sauf à s’acharner à le mettre en miette comme cela s’est évidemment produit. » (page 16)

Archives sumériennes : « Déjà les Sumériens [2000 ans avant notre ère, en Mésopotamie] organisaient leurs textes et archives dans des corbeilles d’osier, des sacs de cuir ou des boîtes de bois indexés avec une étiquette, évidemment en terre cuite elle aussi. » (page 17)

Premiers papyrus : « Le premier vestige [de papyrus] portant des hiéroglyphes, lui, date de 2400 av. J.-C. Grâce à cette substance, documents administratifs, décrets, correspondance et autres contrats sont établis avec une obsession du détail nettement tracassière. » (page 25)

Bibliothèques : « « Bibliothèque » (boîte à livres, puis dépôt) vient du grec biblion, le rouleau de papyrus, qui constituait la forme de livre la plus répandue de l’époque où il commença à exister des quantités appréciables de textes écrits; ce biblion est lui-même tiré de büblos, cœur de la tige du papyrus, un produit égyptien par excellence. Quoi qu’il arrive, donc, la bibliothèque prend naissance et appellation à Alexandrie. » (page 30)

Supports d’information (Chine avant notre ère) : « [Quand le message] avait plus de cent mots, on l’écrivait sur un ts’ö [paquet de fiches de bambou]; quand il y avait moins de cent mots, on l’écrivait sur un fang [planchette de bois]. Les lamelles de bambou et les planchettes de peuplier ou de saule sont la matière des textes depuis, sans doute, l’époque Shang jusqu’au IIIe siècle; la soie (si) les rejoint entre le Ve et le IIIe siècle avant J.-C. pour environ mille ans mais reste chère. Quant au papier (zhi), il fait son entrée discrète dans l’histoire du livre vers notre IIe siècle. C’est de loin le plus inflammable des trois. Il ne fera qu’améliorer ses performances dans ce domaine en devenant de plus en plus vaporeux au fur et à mesure que l’art papetier chinois s’affine, quand sa matière première cesse d’être le bambou pilé, puis le chanvre ou le mûrier blanc, jusqu’à devenir vers le VIIe siècle cette substance souple et silencieuse composée de la fibre du santal bleu avec un soupçon de paille et d’air pur, que nous connaissons. » (page 122-123)

Livres classifiés sous les Han (Chine) : « Si les premiers catalogues raisonnés sont perdus, la classification en sept sommaires, ou résumés, sera adoptée pour longtemps : général, classiques, philosophie, poésie, science militaire, astronomie et mathématiques, sciences occultes. » (page 133)

Premières obligations de dépôt légal (Chine) : « il n’est pas admissible […] qu’un livre se trouve dans une bibliothèque privée s’il n’est pas dans celle de l’empereur. » (page 134-135)

Premiers moyens de reproduction (Chine) : « Si le vestige le plus ancien d’un texte xylographié sur papier [à partir d’une gravure sur bois] est antérieur à l’année 751, c’est vers la fin du siècle suivant que des livres non manuscrits commencent à se produire de façon appréciable. » (page 137)

Premiers systèmes de classifications par couleurs (Chine) : « En 1772, [l’empereur Qianlong] suggère de retrouver dans les archives publiques ou privées, et de gré ou de force, tous les livres rares de la Chine, manuscrits ou imprimés, pour les rassembler en un gigantesque corpus intitulé Totalité des livres, quanshu, en quatre sections, siku. Ces quatre parties […] recevront une reliure de soie de couleur appropriée : ouvrages canoniques (vert), historiques (rouges), philosophiques (bleu), mélanges littéraires ou belles-lettres (gris). » (page 143-144)

Michel Roberge

7 oct. 2009

167 – Désastre à Lausanne


Incroyable cet incendie dans les locaux de Secur’Archiv à Lausanne, Suisse. Six jours à 370 intervenants : policiers, médecins, pompiers, agents de sécurité et même soldats de l'armée pour en venir à bout! Le Web regorge d’articles de la presse et de galeries de photos.

4600 mètres carrés contenant plus de 3000 mètres cubes d'archives : 50 000 boîtes appartenant à 150 entreprises différentes, dont aucune institution bancaire. Et tout aussi incroyables ces déclarations des représentants du tiers hébergeur : « des documents administratifs peu sensibles […] listings, fiches, salaires, mémos ou factures […] des archives mortes [devant être conservées] pour des raisons légales, environ dix ans. »! Tout de même des documents ayant une valeur juridique, voire des documents essentiels, ceux-là mêmes qu’il faut protéger en cas de sinistre afin de préserver les droits des personnes qu’ils concernent! De plus, il semble qu’il n’y avait pas ou peu de parois antifeu ou de portes de sécurité dans cet espace gigantesque délimité par de simples étagères et des armoires sécurisées. Les clients visitaient régulièrement les lieux : « Nous n'avons jamais eu de remarques » de déclarer le porte-parole de Secure’Archiv.

Souhaitons que ce soit sous le choc des événements qu’un tel manque de professionnalisme transpire de ces propos.

Michel Roberge

17 juill. 2009

140 – Des nouvelles des cassettes vidéo de la mission Appollo 11


Vous vous rappelez (Billet 9), la NASA semblait avoir perdu toute trace des cassettes vidéo de la mission Appollo 11 sur la lune le 20 juillet 2009. 40 ans plus tard on apprend que les enregistrements faisaient partie d'un lot de 200 000 cassettes vidéo qui avaient été effacées magnétiquement et réutilisées pour des raisons d'économie. Vous avez bien lu : les premiers pas d’un être humain sur la Lune effacés pour quelques dollars. Quelle conscience historique!

Qu’à cela ne tienne : des copies numérisées ont toutefois été réalisées à partir des archives de la chaîne CBS, restaurées par une firme de Burbank, Californie, spécialisée dans la restauration des vieux films. Il semble que des enregistrements en kinescope, caméra pour capter des images à partir d’un téléviseur) ont aussi été retrouvés au Johnson Space Center. Heureusement que les réseaux de télévision n’avaient pas tenu pour acquis que la NASA conserverait les images originales!

Michel Roberge

22 juin 2009

132 – Brève : vol de renseignements personnels

Lu dans Direction informatique du 16 juin 2009 sous la plume de Jean-François Ferland et Daniel Bindley :

« Un chirurgien de médecine générale [britannique] a perdu l'information des dossiers de plus de 7 000 patients après que des voleurs se soient emparés d'un disque rigide externe non chiffré et de rubans de sauvegarde chiffrés qui étaient contenus dans un coffre-fort. »

Michel Roberge

4 mars 2009

84 – Quand un bâtiment d’archives s’écroule


La nouvelle est sortie sur CNN : un bâtiment d'archives de construction relativement récente (1971) s'est effondré à Cologne. Il semble qu’à la suite de travaux d’excavation et d’extension du métro, l’édifice aurait pu être fragilisé. Il s’agissait d’un édifice de cinq étages dans lequel des fissures avaient été repérées il y a deux ans. Elles avaient été jugées sans danger. Les archivistes qui avaient entendu des craquements peu de temps avant le sinistre ont pu quitter à temps les lieux avant l’effondrement de la structure.

L’édifice assurait la conservation de la plus importante collection d’archives au nord des Alpes : plus de 65 000 documents relatant l’histoire de la ville de Cologne, dont le plus ancien document date de 922 et un demi-million de photographies. Tout un travail en perspectives pour récupérer cette richesse patrimoniale.

Michel Roberge

6 févr. 2009

73 - Heureusement, il ne s’agissait que de vieilles archives!

Le 30 janvier 2009, un incendie s’est déclaré dans les caves du Palais de justice de Dinant, en Belgique. L'incendie a détruit une partie des archives qui y étaient entreposées. « Mais comme il s'agit de vieilles archives, ce n'est heureusement pas grave », a expliqué Cédric Visart de Bocarmé, le procureur général de Liège qui s'est rendu sur place.

Merci à Katya Borrás pour avoir attiré mon attention sur ces propos si éloquents publiés sur le site d'Info RTBF, la radio belge de langue française à destination de l'étranger.

Michel Roberge

18 sept. 2008

9 - Les cassettes perdues de la NASA

Parlant de la NASA, a-t-on finalement retrouvé les cassettes originales de la première mission sur la Lune, cette mission où l’astronaute Neil Armstrong avait déclaré : " C’est un petit pas pour l’homme, et un grand pas pour l’humanité " ?

En effet, en août 2006, l’agence spatiale américaine déclarait être à la recherche des cassettes originales de la marche dans l’espace de la mission Apollo 11, le 21 juillet 1969 ». Le porte-parole du célèbre centre spatial disait alors espérer retrouver quelque part à Goddard ou dans un autre site du réseau d’archives de la Nasa les fameuses cassettes. Bien plus, il affirmait que la recherche de ces enregistrements avait commencé un an et demi plus tôt à la suite d’une demande de consultation de chercheurs, des employés à la retraite!

Ces cassettes avaient fait du chemin : une fois produites, elles avaient été envoyées au centre spatial Goddard qui les avait, par la suite, transférées à la fin de l’année 1969 au US National Archives. Quelques années plus tard, la Nasa les aurait récupérées et les aurait perdues! À ma connaissance, à ce jour, aucun communiqué de la Nasa n’a encore annoncé la découverte des précieuses cassettes.

Voilà un bel exemple d’une gestion documentaire à ne pas suivre.

Michel Roberge