29 sept. 2010

318 - Des textes déjà balisés en 1552

Comme tous les initiés le savent, les pages Web sont construites au moyen de balises qui permettent à l’ordinateur de recevoir une commande quant à ce qu’il doit afficher ou donner accès à une autre page Web au moyen d’un hyperlien. Ce modus operandi a évolué passant du SGML (Standard Generalized Markup) jusqu’au HTML : (Hyper Texte Marking Language) « mis au point dans le laboratoire de Tim Berners-Lee, au CERN, par son génial stagiaire Marc Andreessen ».

Mais qu’à cela ne tienne, l’inventeur des textes balisés serait plutôt le duc de Montmorency qui inventa un langage codé « pour sa correspondance avec le duc de Northumberland pendant la conspiration Dudley au milieu du XVIe siècle. »

Ainsi, « \ ou ] signifiaient ‘‘ ici commence un segment particulier du texte ’’ et ] ou _ signifiaient ‘’ ici se termine le segment particulier ‘’. En 1552, le segment particulier était le véritable message, tout le reste, avant et après, devant être négligé. Ce système de balises permettait de dissimuler un court texte important dans un vaste texte vide de sens ou porteur d’un sens trompeur, destiné à égarer le déchiffreur. Le destinataire connaissant les balises allait droit au message tandis que le déchiffreur perdait son temps dans un texte qui servait de leurre. »

Pierre Berloquin. – Codes. La grande aventure. – Neuilly-sur-Seine : Éditions Michel Lafon, 2010. – pp. 207-208).

Michel Roberge

28 sept. 2010

317 – Une disquette comme élément de preuve de la tenue d’une rencontre

Définitivement la Commission Bastarache sur le processus de nomination des juges au Québec ne cesse de nous étonner. En tant que spécialiste de la gestion des documents, elle continue de nous intéresser à certains aspects relatifs à la preuve documentaire. Hier, coup de théâtre! L’avocat du principal témoin, l’ex-ministre de la Justice, a déposé une disquette identifiée « Agenda du ministre de la Justice 2003-2004 ». Eh oui, une disquette comme en n’en voit presque plus et qui avait été conservée dans une boîte de souvenirs. Une disquette qui contient la portion d’agenda électronique (voir billet 308) dont la plage chronologique couvre la période visée par le mandat de la commission d’enquête, un agenda qui ne devait peut-être même plus exister selon les témoignages antérieurs.

Un défi technologique : la disquette est toujours lisible avec un format de fichier exploitable au moyen de quel logiciel? Va-t-on vérifier la date exacte de la création de cette disquette (date de sauvegarde des données)? L’intégrité du document technologique sera-t-il validé par un spécialiste comme on l’a fait pour le fameux carton auquel j’ai fait allusion dans mes billets 309 et 310? D’autant plus que les disquettes ont toujours été considérées comme des supports non fiables : encore chanceux que celle-ci soit encore lisible! Et les résultats de cette expertise seront-ils plus concluants? On en saura davantage au cours de la semaine prochaine.

Michel Roberge

27 sept. 2010

316 – La haute direction et la conservation des documents (lol)

Dans le cadre du congrès 2010 de l'Association canadienne du personnel administratif universitaire (ACPAU) dont le thème était « Hors des lieux communs », cette petite bande dessinée faisait partie de la présentation PowerPoint de Don MacDonald et Kathy Thornhill portant sur l’expérience de l’Université de Lethbridge (Alberta) en matière de gestion des documents informatiques :



Mieux vaut en rire !

Michel Roberge

24 sept. 2010

315 – Œuvre d’art éphémère dans une bibliothèque

Au Québec, du 24 au 26 septembre 2010 se déroulent les journées de la culture. « Plus de 3 000 organismes et près de 10 000 personnes sont ainsi mobilisés pour accueillir leurs concitoyens lors d’activités dans les coulisses des théâtres, dans le cadre plus intime d’ateliers ou même dans la rue ». Dans ce contexte, j’aimerais vous faire partager cette découverte faite sur le Web : celle d’une « oeuvre d’art éphémère et impromptue qui a pour but de critiquer la monotonie et la sévérité des institutions et des bibliothèques » et réalisée en mars 2006 à la Urbana-Champaign’s ACES Library :



Vive la culture à volonté!

Michel Roberge

22 sept. 2010

314 – Gérer les documents technologiques comme ceux en format papier?


Qui a dit qu’il faut gérer différemment les documents technologiques (fichiers informatiques, courriels et pages Web) des documents traditionnels en format papier? Le concept de la GÉD contribue fortement à alimenter cette vision de la gestion documentaire « à deux vitesses » par la sempiternelle gestion parallèle des documents informatiques dans des structures de répertoires de fichiers.

Depuis toujours, la gouvernance des organisations tant publiques que du secteur privé repose sur la notion de dossier : « ensemble de documents en lien avec une activité, une affaire, un projet, un service, une personne, une autre organisation… ». Trois mots clés dans cette définition « en lien avec ». Un lien commun physique ou logique entre tous les documents (« information portée par un support ») qui documentent le dossier : des papiers rangés dans une chemise de classement ou tout autre contenant, des courriels envoyés et reçus avec ou sans pièces attachées, des fichiers informatiques de toute origine locale ou sectorielle sur des serveurs de fichiers ou sur des supports externes, des informations sur des sites Web, sur l’intranet ou sur l’extranet.

Pour une prise de décision rapide reposant sur l’ensemble de l’information disponible, tous ces documents finaux, terminés et officiels tant en format papier que technologiques doivent être repérables et accessibles à partir d’un seul et même système : le système de GID (gestion intégrée de documents).

Dans un tel système, une démarche unique et un seul outil qui permet d’enregistrer, de repérer et d’afficher les métadonnées descriptives du dossier recherché. La fiche d’enregistrement permet alors de localiser la partie physique (papier ou microfilmée) du dossier et fournit la liste des tous les hyperliens pour la consultation de la portion technologique : courriels, fichiers bureautiques, pages web… Elle permet de référer tout autre dossier ou toute documentation complémentaire ayant un certain lien avec le dossier consulté, voire fournir des références vers d’autres systèmes d’information (systèmes informatiques ou bases de données) de l’organisation.

En plus de répondre à des besoins premiers d’accès à l’information, la gestion du cycle de vie de l’ensemble des composantes en format papier et technologiques des dossiers peut évidemment être désormais entièrement réalisable : la destruction ou l’archivage des dossiers physiques incluant l’ensemble de toutes leurs composantes technologiques. L’efficacité dans l’action et l’efficience organisationnelle peuvent définitivement assurées.

Michel Roberge

20 sept. 2010

313 - Histoire et protection des renseignements personnels


Lu dans l’excellente biographie du pianiste méconnu André Mathieu (1929-1968), auteur d’un très beau concerto (Concerto no 3 ou Concerto de Québec - 1947) à propos d’un document pour lequel l’auteur ne peut faire de lien avec la raison de son existence :

« Un état de comptes de l'hôpital Sacré-Coeur de Cartierville daté du 21 janvier 1954 nous apprend que : « Ceci est le troisième avis au sujet de votre créance passée due, soit 143.70 $, pour des soins [ ... ]. » Et c'est signé du service de recouvrement. Pourquoi André a-t-il été traité? Toutes les lois de «l'accès à l'information» du monde entier ne sauraient venir à bout des cerbères qui gardent les voûtes où sont enfouis les dossiers médicaux de la population en général ou en particulier. À moins d'être un descendant en ligne directe et de pouvoir prouver que votre condition menace d'une pandémie le reste de vos concitoyens, aucun des secrets contenus dans ces filières ne verra jamais la lumière du jour ». Georges Nicholson. – André Mathieu. Biographie. – Montréal : Québec Amérique 2010. p. 339.

Une situation qui illustre bien la frustration que certains historiens peuvent avoir dans les limites d’accès à toute l’information relative à leur sujet d’étude, particulièrement lorsqu’il s’agit de renseignements personnels.

Michel Roberge

17 sept. 2010

312 – Le caviardage : une activité de luxe?

Vous vous interrogiez peut-être comme moi sur l’origine des mots « caviarder » et « caviardage »? Après quelques recherches sur le Web hier soir, j’ai trouvé une réponse sur le site Expressio – Les expressions françaises décortiquées :

« Il faut savoir qu'en Russie, sous le tsar Nicolas Ier, la censure était fréquente et que, dans les publications et livres imprimés, il n'était pas rare de trouver des taches noires, faites à l'encre, destinées à rendre indéchiffrables les passages qu'on voulait censurer.

Or, il se trouve que le caviar, principalement originaire de Russie, est également noir.

C'est pourquoi, en raison du pays d'origine commun, la comparaison a été très vite faite entre ce mets souvent servi dans les pince-fesses huppés et ces taches matérialisant la censure.

Utilisé en argot depuis le début du XXe siècle dans le milieu journalistique, le "passage au caviar" a ensuite donné le verbe caviarder.
»

Michel Roberge

311 - À propos de la signature électronique


Je vous invite à lire ce billet publié sur Bank Lab - Observatoire des mutations du secteur bancaire, des paiements et des services financiers et intitulé Dématérialisation, signature électronique... Où en est on? [sic] Il s’agit d’une réflexion dans un contexte bancaire qui nous rappelle que « La signature électronique, c'est "old news", déjà plus de 10 ans que celle ci [sic] existe. ». Le texte soulève un certain nombre de questions relatives, entre autres, à la « complexité de la technologie », « l'absence d’interopérabilité technique », la « mauvaise compréhension des moyens de la signature électronique » et de la « problématique de l’archivage » ainsi qu’aux « obstacles psychologiques et sociétaux ». Il souligne également l’absence « de véritables directives ». Le billet se termine par quelques recommandations.

Michel Roberge

15 sept. 2010

310 - Datation et analyse de l’encre (suite)


Le rapport de l'expert de l'expert peut être consulté sur le site la commission. Les conclusions sont les suivantes :

« Il n'a pas été possible de déterminer la date de fabrication de la pièce 7S.

[à cause des types d'encre utilisée (au moins 3 types d'encre) et en lien avec le type d'instrument d'analyse actuellement disponible et aussi à cause de la faible surface d'encre sur le document, selon le témoignage oral du spécialiste]

Les notes manuscrites de la pièce 7S ont été produites par un minimum de 3 instruments d'écriture.

Il n'a pas été possible de déterminer la provenance du carton. Ainsi il n'a pas été possible de confirmer si ce carton était l'envers d'une tablette de papier à noter.
»
Constat : il est peut-être plus facile de vérifier l'authenticité et l'intégrité d'un document technologique que pour un document en format papier.

Michel Roberge

309 – Datation et analyse de l’encre


Dans mon billet 299 – La valeur probante d’un document et la protection de l’information confidentielle publié le 30 août 2010, je soulevais la question concernant l’évaluation de l’intégrité et de la valeur d’un document manuscrit (pièce 7S) déposé à la Commission Bastarache. On a appris hier dans les médias que la commission a eu recours à un « expert en datation et en analyse de l'encre ». À ce propos, je vous invite à lire le bref article du journaliste Pierre Asselin publié dans le journal Le Soleil de Québec qui vulgarise le processus d’évaluation d’un document écrit au moyen d’un stylo à bille.

Michel Roberge

308 - À propos des agendas ministériels


Dans mon billet 304 – Gestion du cycle de vie des documents ministériels, j’affirmais peut être un peu trop rapidement que les agendas ministériels dont on ignorait s’ils avaient été conservés et dont il était question à la Commission Bastarache étaient certainement en format papier.

Or, au cours de l’audience du 13 septembre, l’un des témoins, monsieur Michel Gagnon, ex-chef de cabinet de Me Marc Bellemare, nous a appris que les agendas étaient sous forme électronique. Si c’est bel et bien le cas, leur contenu doit dormir sur un support de copie de sécurité quelque part au ministère ou chez un prestataire exterbe de services d'entreposage.

Il serait surprenant que le tout ait été détruit, car, comme je l’ai déjà dit, les documents technologiques ont cette propriété de s’incruster.

Michel Roberge

13 sept. 2010

307 - Protéger l’information sensible de l’œil de plus en plus précis des caméras

Vous vous rappelez peut-être de mon billet 103 – Gare à la puissance des technologies numériques! Une situation relative au même sujet s’est présentée lors de l’audience du 30 août 2010 à la Commission Bastarache sur la nomination des juges. Par prudence, le commissaire a demandé de ne pas pointer de caméras sur le témoin lorsque celui-ci consultait des versions non caviardées de certains documents déposés. Le numérique à haute définition est définitivement un médium insidieux. Vaut mieux prévenir que guérir.

Michel Roberge

10 sept. 2010

306 – Les 150 ans du microfilm et les 55 ans du COM

En 2010, le microfilm a 150 ans. Cette technologie fut inventée par un français, René Dagron, qui s’inspira des travaux de l’opticien anglais John Benjamin Dancer qui avait commercialisé des photographies microscopiques de statues et de tableaux conditionnées entre deux lamelles de verre.

D’autre part, les premières machines de COM (Computer Output Microfilm), en français SOM (Sorties d’Ordinateur sur Microforme) enregistrant des documents sur microfilm à partir de données informatiques apparurent sur le marché en 1955.

Michel Roberge

9 sept. 2010

305 - La gestion du cycle de vie des registres d’entrées et de sorties

Définitivement, la Commission d’enquête sur le processus de la nomination des juges du Québec (Commission Bastarache) soulève indirectement des questions de gestion documentaire. Dans un extrait du reportage du journaliste Alain Gravel (émission Enquêtes) diffusé pendant le Téléjournal de la Société Radio-Canada, on apprend qu’une demande d’accès aux registres d’entrée et de sorties au cabinet du premier ministre aurait empêché la destruction de ces documents au cours de l’été qui s’achève. Ces documents permettraient de vérifier qui, quand, avec qui et combien de fois certaines personnes citées lors des audiences de la Commission ont effectivement eu des rencontres au bureau du premier ministre. Selon le journaliste, les autorités du ministère auraient affirmé que ces documents étaient détruits après cinq ans selon les politiques établies.

Il est plutôt surprenant d’apprendre qu’à la suite d’une demande d’accès, la destruction des documents demandés a été suspendue. Peut-être qu’il s’agit là d’une pratique courante, mais il me semble que cela va à l’encontre des dispositions de la Loi sur les archives et du Règlement sur le calendrier de conservation… qui en découle.

Questions :

1. Cette série documentaire, propriété du Ministère de la Sécurité publique de par sa fonction d’assurer la sécurité des édifices gouvernementaux, possède-t-elle une règle de conservation officielle inscrite au calendrier de conservation adopté par les autorités du ministère et approuvé par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)?

2. Si oui, quelle est la règle de conservation officielle : durée de vie totale de cinq ans? Personnellement ça me semble court étant donné que ces informations ont une haute valeur sur la gestion de la sécurité et les possibilités d’enquêtes rétrospectives sur des événements qui pourraient s’être déroulés dans les locaux d’un organisme.

La vérification peut d’ailleurs se faire pour confirmer l’information reçue en demandant au ministère concerné de produire une copie officielle de la règle de conservation approuvée. Ou, faire la même demande à BAnQ qui conserve un exemplaire de chacun des calendriers de conservation approuvés en vertu de la Loi sur les archives. Les calendriers de conservation sont des documents publics et il ne devrait pas y a voir d’entrave à leur consultation.

S’il n’existe pas de règle de conservation précise ou si elle ne correspond pas à l’échéance de destruction fournie au journaliste, il y a là un sérieux problème.

3. Si la règle conservation stipule que ces documents doivent être détruits après cinq ans d’âge, comment expliquer que des documents de 2003 étaient sur le point d’être détruits à l’été 2010, quelques mois avant le début des travaux de la commission d’enquête?


Tout cela démontre l’importance que soient intégrées dans un système de gestion des documents toutes les séries documentaires d’un organisme, approche privilégiée au Québec depuis 1983, année d’adoption de la Loi sur les archives. Ce n’est pas le cas, par exemple, en France, où on semble laisser le choix aux organisations d’intégrer seulement les séries documentaires importantes (voir à ce sujet l’article Comprendre et pratiquer le records management Analyse de la norme ISO 15489 au regard des pratiques archivistiques françaises produit par le Groupe métiers AAF-ADBS « Records management »). Il n’est pas évident de déterminer ce qui peut ou ne peut pas être important, voire essentiel à conserver et d’en assurer ou non la gestion officialisée du cycle de vie et du sort final.

Admettez qu’à la lumière de ce bulletin de nouvelles il s’agit là d’une question métier qui a toute son importance.

Michel Roberge

8 sept. 2010

304 – Gestion du cycle de vie des documents ministériels

Comme vous avez pu le constater dans mes billets précédents (298 et 299), la Commission Bastarache soulève certaines questions de métier. Au cours de l’interrogatoire du premier témoin, l’ex-ministre Marc Bellemare, celui-ci a indiqué qu’il n’avait pas d’agendas qui pourraient corroborer ses affirmations de rencontres avec certaines personnes. Plus encore, lors de la deuxième journée d’audience, il s’est interrogé à savoir si des tels agendas ont été conservés au ministère.

Questions :

Quelles sont les règles de gestion du cycle de vie des documents d’un cabinet ministériels?

Ces documents sont-ils considérés comme des objets politiques ou administratifs?

L’article 12 de la Loi sur les archives du Québec mentionne que « Toute personne qui cesse d'être titulaire d'une fonction au sein d'un organisme public doit laisser sous la garde de cet organisme les documents qu'elle a produits ou reçus en cette qualité » et que cet alinéa « ne s'applique pas aux membres de l'Assemblée nationale qui peuvent cependant déposer ou verser leurs documents à Bibliothèque et Archives nationales et convenir avec lui de leurs délais d'accessibilité ».

Il est question ici des documents produits et reçus en tant que députés, membres de l’Assemblée nationale. Mais les ministres ont un statut supplémentaire : ils sont membres du Conseil des ministres et les documents qu’ils produisent ou reçoivent sont, c’est selon, des documents de nature politique ou administrative. Comment qualifier les agendas ministériels? Si ces agendas demeurent introuvables parce que détruits, on comprendra qu’ils entrent dans la première catégorie.

Comme quoi, la conservation ou la destruction de documents dans une organisation, même à la suite de l’application de règles de conservation adoptées et approuvées, peut avoir un impact important sur l’évaluation d’activités ou d’actions passées.

Autre question, en passant : il est certainement question d’agendas en format papier dans les propos entendus à la Commission Bastarache. Comme on sait que les documents technologiques s’incrustent dans les organisations et les informations qu’ils contiennent sont davantage stockées sous forme de copies de sécurité, qu’advient-il du contenu des agendas électroniques?

Michel Roberge

6 sept. 2010

303 – Un environnement sans papier

Dans le thriller La faute à pas de chance, le héros de Lee Child, Jack Reacher, qui enquête sur la disparition d’un membre de son ancienne unité d’élite de la CIA, un dénommé Swan, est confronté aux principes de gestion documentaire que lui explique la directrice des ressources humaines de la société New Age :

(p. 183) « Il n’y a aucune note manuscrite, chez nous. Pas de papiers. Ni plumes ni crayons. Sécurité de base. Vous êtes dans un environnement sans papier. Beaucoup plus sûr. C’est une règle. Il suffit de songer à écrire pour être viré. C’est fait sur ordinateur. Nous disposons d’un réseau indépendant avec des pare-feu sécurisés et un contrôle aléatoire des données. […] Quelqu’un part d’ici et trente minutes après, son disque dur est retiré de son ordinateur et détruit. Cassé. Matériellement cassé. À coups de marteau. C’est une autre règle de sécurité. »

Quelques jours plus tard, Reacher met en doute les informations initialement reçues :

(pp. 284-285) « Les gens prennent des notes. Font de petits dessins. Ils travaillent mieux avec du papier et un crayon. Ça n’existe pas , un environnement complètement dépourvu de papier. […] La première fois qu’on lui a parlé, [la directrice des ressources humaines] nous a dit que Swan utilisait son morceau du mur de Berlin comme presse-papier. Ça ne doit pas être facile d’utiliser un presse-papier dans un environnement sans papier, non? […] La première fois qu’on y a été, on a dû attendre avant de pouvoir entrer dans le parking […]. Un camion était en train de franchir le portail. […] Livraison ou réparation de photocopieur. Pas évident d’utiliser un photocopieur dans un environnement sans papier, non? »

Lee Child. – La faute à pas de chance. – Paris, Éditions du Seuil, 2010. – 449 pages.

Toujours intéressantes ces réflexions de romanciers qui ne sont pas spécialistes du métier.

Michel Roberge

3 sept. 2010

Redémarrage d'écriture, après une pause hors de mon contrôle

En mars dernier, je déposais la version finale du plan de rédaction de mon futur livre sur Le schéma hiérarchique de classification des documents administratifs : conception, développement et application. J’annonçais aussi le début de sa rédaction. Des événements professionnels m’ont obligé à retarder l’exercice. Avec la rentrée, j’en amorce donc l’écriture. Comme dans le cas de la production de mon ouvrage précédent, La gestion intégrée des documents (GID) en format papier et technologiques, je diffuserai chaque semaine l’état d’avancement de l’écriture. Tout au long du processus, je vous invite à me transmettre vos commentaires et vos suggestions. J’espère compléter le tout pour un lancement au printemps 2011.

Michel Roberge

302 – Il y a 35 ans…

Je me permets ici un billet personnel et j’espère que vous ne m’en tiendrai pas rigueur.

En 1975, je faisais mes premiers pas dans le métier. Ceux d’un débutant sans expérience, fraîchement diplômé de l’Université Laval et embauché, par cette même université, à titre d’archiviste. Avec comme seule formation spécifique dans un domaine qui en était encore à ces premiers balbutiements : un cours et un stage d’été en archivistique.

Au Service des archives où j’occupais mon premier bureau de travail, service dirigé par un collègue d’études, Guy Dinel, qui n’avait pas plus d’expertise, de connaissances et de savoir-faire que moi, je fus impliqué dans un des volets qui ont marqué ma carrière : poursuivre le déploiement du « Plan de classement uniforme » dans les unités administratives de la première institution universitaire francophone en Amérique. Je me rappelle encore de mes premières journées de travail, particulièrement celle au cours de laquelle je devais donner une entrevue au journal d’information du campus, Le fil des événements : j’étais si timide que j’en perdais le souffle dans mes réponses aux questions du journaliste.

À cette époque, je ne pouvais imaginer que 35 ans plus tard, je poursuivrais une carrière centrée plus particulièrement sur la recherche de la qualité et de l’efficience des schémas de classification hiérarchiques pour les documents administratifs et que j’animerais un jour un blogue sur la gestion des documents en format papier et technologiques! Et au cours de ces 35 années, j’ai aussi été témoin de l’évolution technologique qui a progressivement coloré les pratiques de gestion documentaire.

35 années de périodes d’engouement ponctuées d’épisodes de frustrations dans l’action, une vie professionnelle normale, en somme. Autant d’années au cours desquelles j’ai été témoin de l’évolution des concepts théoriques, du métier dans des expériences pratiques enrichissantes tant à l’Université Laval qu’au gouvernement du Québec et aux Archives nationales du Québec (ANQ) et depuis 1985, dans l’entreprise que j’ai créée : Gestar Solutions documentaires. Un parcours professionnel qui m’a aussi permis de transmettre le peu de connaissances acquises sur le terrain, entre autres au CEGEP François-Xavier Garneau de Québec, à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et dans un certain nombre d’universités catalanes.

Parmi mes meilleurs souvenirs : ma rencontre avec le premier ministre du Québec, monsieur René Lévesque, lors de l’inauguration officielle de la Maison des archives (ANQ-Québec) au cours de laquelle il m’a remis un dollar en échange des photocopies du contrat de mariage de son ancêtre; le lancement en 1983 de mon premier livre sur La gestion des documents administratifs pour lequel j’ai reçu un prix de l’Association des archivistes du Québec (AAQ) et qui, quelques années plus tard, fut traduit en catalan; ma rencontre avec monsieur Jean Favier, Archiviste national de France, dans la Galerie des glaces du Palais de Versailles lors du Congrès international des archives de Paris en 1988; la rencontre de quatre archivistes catalans, lors du même congrès, rencontre qui m’a fait découvrir par la suite la Catalogne; les soirées de cours sur la gestion des documents administratifs dans les locaux historiques des Archives de la Couronne d’Aragon (faut le faire!); les échanges avec madame Favier, Inspectrice générale des archives de France, lors d’un congrès de l’Association des archivistes catalans, à Andorre, qui déclarait « par rapport à ce que vient d’énoncer monsieur Roberge, la France pense plutôt que… »; l’ovation debout d’une de mes classes à l’UQÀM à la fin d’une session; la réception du Mérite du français dans les TI; et combien d’autres événements qui ont marqué mon parcours…

Un de mes plus grands regrets : le non-renouvellement de mon contrat de professeur à l’UQÀM, officiellement parce que je n’avais toujours pas de diplôme d’études avancées avec l’appui d’un rapport d’évaluation d’un collègue archiviste (qui se reconnaîtra) qui n’avait jamais assisté à mes enseignements et qui les qualifiait de « trop techniques ». Comme si la formation universitaire ne devait être que théorique, tel que je l’ai récemment entendu sur les ondes radiophoniques.

Je ne peux terminer ce billet très personnel sans mentionner que plusieurs personnes « ont contribué à leur manière à la maîtrise du métier qui a occupé tout l’espace de ma vie professionnelle ». On en trouvera la liste à la toute fin de mon plus récent ouvrage sur La gestion intégrée des documents (GID). Parmi ceux-ci, je dois mentionner plus particulièrement Guy Dinel qui m’a ouvert la porte sur le métier et Robert Garon qui m’en a enseigné les rudiments, qui fut par la suite mon patron aux ANQ et, il y a quelques années mon employé à temps partiel chez Gestar, puis le réviseur, critique et correcteur de plusieurs de mes textes publiés.

Michel Roberge

2 sept. 2010

301 - Décès de Jean-Pierre Wallot


Monsieur Jean-Pierre Wallot, 75 ans, est décédé le lundi 30 août, à l'Hopital général d'Ottawa, des suites d'une tumeur au cerveau. Historien de renom ayant enseigné dans les grandes universités canadiennes et à l'étranger, il fut aussi l’Archiviste du Canada de 1985 à 1997.

J'ai connu Monsieur Wallot plus particulièrement dans le cadre de l'organisation du Congrès international des archives de Montréal en 1992 dont je faisais partie. En tant que Québécois, il avait particulièrement oeuvré pour que ce congrès qui réunissait plusieurs centaines d'archivistes du monde ait lieu au Québec.

Je garde un excellent souvenir des séances de travail avec lui et toute l'équipe, dont Robert Garon alors Conservateur des Archives nationales du Québec.

Michel Roberge

1 sept. 2010

300 – Qu’est-ce qu’un archiviste ou un records manager?

Dans la foulée de mon billet 292 – Clichés et préjugés sur le métier d’archiviste, voici deux suggestions de lectures sur cette question identitaire : un premier de la Marocaine Wafae Boucebbate sur le site de Maroc Connexion et un deuxième de Lourdes Fuentes Hashimoto publié sur le blogue Archives Online. Deux points de vue à partir d’environnements sociaux et culturels différents.

À lire aussi, toujours sur le site d’Archives OnLine De l’art d’être archiviste à l’ère du numérique et L’archiviste n’est qu’un mot?

Lorsqu’on pousse la curiosité jusqu’à poser la question à Google, une dizaine d’autres références nous sont livrées dont une provient du blogue L’affaire Macropoulos et intitulée : Qu'est-ce qu'un records manager?

Michel Roberge

Aujourd’hui le 300e billet

Voici mon 300e billet dans ces Carnets d’observation en gestion de l’information portée par tout type de support. Lorsque je me suis lancé dans cette aventure, le 23 novembre 2008, je ne croyais jamais être en mesure de publier en moyenne trois textes par semaine, excluant mes périodes de vacances annuelles. J’ai relevé le défi et trouvé dans cette activité une autre occasion de partager de l’information. 300 billets sur toutes sortes de sujets en lien avec l’actualité et, évidemment, avec des préoccupations personnelles et professionnelles.

En route pour le 400e qui devrait être publié vers la mi-mai 2011, si je tiens le rythme et si l’inspiration est au rendez-vous.

Encore une fois merci de toujours être là et au plaisir de partager certaines des préoccupations du métier.

Michel Roberge