
Je me permets ici un billet personnel et j’espère que vous ne m’en tiendrai pas rigueur.
En 1975, je faisais mes premiers pas dans le métier. Ceux d’un débutant sans expérience, fraîchement diplômé de l’Université Laval et embauché, par cette même université, à titre d’archiviste. Avec comme seule formation spécifique dans un domaine qui en était encore à ces premiers balbutiements : un cours et un stage d’été en archivistique.
Au Service des archives où j’occupais mon premier bureau de travail, service dirigé par un collègue d’études, Guy Dinel, qui n’avait pas plus d’expertise, de connaissances et de savoir-faire que moi, je fus impliqué dans un des volets qui ont marqué ma carrière : poursuivre le déploiement du «
Plan de classement uniforme » dans les unités administratives de la première institution universitaire francophone en Amérique. Je me rappelle encore de mes premières journées de travail, particulièrement celle au cours de laquelle je devais donner une entrevue au journal d’information du campus,
Le fil des événements : j’étais si timide que j’en perdais le souffle dans mes réponses aux questions du journaliste.
À cette époque, je ne pouvais imaginer que 35 ans plus tard, je poursuivrais une carrière centrée plus particulièrement sur la recherche de la qualité et de l’efficience des schémas de classification hiérarchiques pour les documents administratifs et que j’animerais un jour un blogue sur la gestion des documents en format papier et technologiques! Et au cours de ces 35 années, j’ai aussi été témoin de l’évolution technologique qui a progressivement coloré les pratiques de gestion documentaire.
35 années de périodes d’engouement ponctuées d’épisodes de frustrations dans l’action, une vie professionnelle normale, en somme. Autant d’années au cours desquelles j’ai été témoin de l’évolution des concepts théoriques, du métier dans des expériences pratiques enrichissantes tant à l’Université Laval qu’au gouvernement du Québec et aux Archives nationales du Québec (ANQ) et depuis 1985, dans l’entreprise que j’ai créée : Gestar Solutions documentaires. Un parcours professionnel qui m’a aussi permis de transmettre le peu de connaissances acquises sur le terrain, entre autres au CEGEP François-Xavier Garneau de Québec, à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et dans un certain nombre d’universités catalanes.
Parmi mes meilleurs souvenirs : ma rencontre avec le premier ministre du Québec, monsieur René Lévesque, lors de l’inauguration officielle de la Maison des archives (ANQ-Québec) au cours de laquelle il m’a remis un dollar en échange des photocopies du contrat de mariage de son ancêtre; le lancement en 1983 de mon premier livre sur La gestion des documents administratifs pour lequel j’ai reçu un prix de l’Association des archivistes du Québec (AAQ) et qui, quelques années plus tard, fut traduit en catalan; ma rencontre avec monsieur Jean Favier, Archiviste national de France, dans la Galerie des glaces du Palais de Versailles lors du Congrès international des archives de Paris en 1988; la rencontre de quatre archivistes catalans, lors du même congrès, rencontre qui m’a fait découvrir par la suite la Catalogne; les soirées de cours sur la gestion des documents administratifs dans les locaux historiques des Archives de la Couronne d’Aragon (faut le faire!); les échanges avec madame Favier, Inspectrice générale des archives de France, lors d’un congrès de l’Association des archivistes catalans, à Andorre, qui déclarait «
par rapport à ce que vient d’énoncer monsieur Roberge, la France pense plutôt que… »; l’ovation debout d’une de mes classes à l’UQÀM à la fin d’une session; la réception du Mérite du français dans les TI; et combien d’autres événements qui ont marqué mon parcours…
Un de mes plus grands regrets : le non-renouvellement de mon contrat de professeur à l’UQÀM, officiellement parce que je n’avais toujours pas de diplôme d’études avancées avec l’appui d’un rapport d’évaluation d’un collègue archiviste (qui se reconnaîtra) qui n’avait jamais assisté à mes enseignements et qui les qualifiait de « trop techniques ». Comme si la formation universitaire ne devait être que théorique, tel que je l’ai récemment entendu sur les ondes radiophoniques.
Je ne peux terminer ce billet très personnel sans mentionner que plusieurs personnes «
ont contribué à leur manière à la maîtrise du métier qui a occupé tout l’espace de ma vie professionnelle ». On en trouvera la liste à la toute fin de mon plus récent ouvrage sur
La gestion intégrée des documents (GID). Parmi ceux-ci, je dois mentionner plus particulièrement Guy Dinel qui m’a ouvert la porte sur le métier et Robert Garon qui m’en a enseigné les rudiments, qui fut par la suite mon patron aux ANQ et, il y a quelques années mon employé à temps partiel chez Gestar, puis le réviseur, critique et correcteur de plusieurs de mes textes publiés.
Michel Roberge