ATTENTION



2009-11-30

190 – Les interfaces fluides : le sixième sens

Connaissez-vous les travaux du Groupe des interfaces fluides du Massachusetts Institute of Technology (MIT) dirigé par Pattie Maes? Il s’agit du projet Sixième sens (Sixth Sense), un concept d'interface miniaturisée permettant d'interagir avec les technologies Web sans avoir besoin d'un écran. Le principe est simple et plutôt impressionnant : une webcam portée autour du cou comme un bijou et qui permet au système de voir les gestes de cette personne ou ce qu’elle regarde; en dessous de la webcam, un miniprojecteur qui permet de projeter des images et des données sur les surfaces observées.

Imaginez un système capable d'identifier un livre à partir de sa page couverture en puisant dans des banques de données en ligne et de projeter sur celui-ci, par exemple, la note moyenne des critiques que l’ouvrage a obtenue auprès de ceux qui l'ont déjà lu.

Pour interagir avec le système, il suffit d'équiper le bout de ses pouces et index de petites bagues de couleurs différentes dont le mouvement peut être repéré par la webcam permettant d’activer les fonctions de ce qui est projeté. Par exemple, en mettant les doigts en carré, comme une fenêtre, la webcam prend une photo ; en dessinant une montre sur son poignet, le système y projette l'heure. Capotant, non? Attendez! Le meilleur ou le pire est à venir : le tee-shirt d’une personne rencontrée devient ainsi la toile sur laquelle se projettent les informations qui la concernent. On repassera pour la protection des renseignements personnels! La consultation d’un produit dans un supermarché devient le support pour accéder à l'information sur celui-ci : sa provenance, le fournisseur...

Le même groupe travaille depuis quelques années sur d’autres projets tout aussi flyés, comme l’aurait dit Molière : Third Eye, un système qui permet à plusieurs personnes de regarder différentes choses sur un seul et même écran au même moment, permettant par exemple d'afficher des informations dans des langues différentes pour différents publics ; Quickies, un système qui permet de numériser ses Post-it en même temps qu'on les écrit, d’intégrer une date et des notes à un agenda électronique, d’inscrire automatiquement le nom d'une personne comme destinataire d’un courriel; Tapuma (Tangible Public Map, Carte publique tangible) qui permet aux personnes d'utiliser leurs propres objets pour afficher des informations pertinentes sur une carte publique : un billet d'avion sur un plan d'aéroport indique où se situe la zone d'embarquement, une carte bancaire sur le même plan permet de localiser les distributeurs de billets de banque…

Vous ne me croyez-pas? Je vous invite à visionner cette vidéo et, pourquoi pas, à imaginer des applications pour la Gestion intégrée des documents (GID) comme j’ai pu le faire dans la conclusion de mon nouveau livre sur La gestion intégrée des documents (GID) :




Michel Roberge

2009-11-27

189 – Le 29 novembre 2009 : une date importante pour la diffusion de l’information détenue par certains organismes publics québécois


Les organismes ministères et organismes du gouvernement à l'exception du Lieutenant-gouverneur, de l'Assemblée nationale et d'une personne qu'elle désigne pour exercer une fonction en relevantdoivent désormais rendre disponibles, à l’intention du public, un certain nombre de documents à partir de leurs sites Web (soit directement ou par le biais d’un hyperlien vers un autre site). Ces dispositions sont définies dans les articles 4 à 6 du Règlement sur la diffusion de l'information et sur la protection des renseignements personnels de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. Parmi ces documents, on retrouve le plan de classification.

Voilà une belle occasion d’évaluer la qualité de cet outil fondamental de gestion intégrée des documents qui, selon la loi, « indique l’ordre selon lequel les documents sont classés » et qui doit être suffisamment précis afin « de faciliter l’exercice du droit d’accès » aux documents publics. La loi ne le dit pas, mais, d’un point de vue professionnel, il doit être d’excellente qualité.

Aussi, dans mes prochains billets, j’ai l’intention de faire connaître régulièrement mon appréciation des caractéristiques intrinsèques (contenu, logique interne et dénomination des rubriques, niveau de précision…) des plans de classification diffusés sur le Web. À partir d’une grille d’analyse et de principes directeurs qui s’appuient, entre autres, sur les recommandations de la norme ISO 15489 et sur les méthodologies DocumentFaire™ et DFA/ALO™ que j'ai développées, au cours des dernières années, pour l'établissement, entre autres, de schémas hiérarchiques de classification de qualité, je procéderai à l’établissement d’un palmarès des plans de classification diffusés.
NB : le premier paragraphe de ce billet a été modifié le 17 décembre 2009. La version antérieure mentionnait faussement que cette obligation visait également des organismes municipaux, de santé et de services sociaux. Merci au collègue du métier qui a attiré mon attention sur la diffusion d'une information inadéquate.

Michel Roberge

2009-11-25

188 – Une situation inacceptable dans une Capitale nationale

Sous la plume du journaliste Jean-François Néron, du journal Le Soleil de Québec (article du 2009.11.25), on apprend que « Depuis 2008, les employés de la cour municipale [de Québec] doivent se munir d'un masque et de gants pour se rendre dans la salle des archives située au sous-sol de l'immeuble. Un dégât d'eau survenu à l'été 2007 a fait apparaître des champignons et endommagé des documents importants. »

Quand on pratique le métier de conseiller en gestion documentaire, qu’on est, par surcroît, citoyen contribuable dans une ville qui veut se hisser parmi les grandes capitales du monde et qu’on lit se court paragraphe en savourant un délicieux café au petit déjeuner, on est en droit de se demander si l’administration municipale a à cœur la préservation de son patrimoine documentaire. Ce n’est pas rien : ce sont les documents de la cour municipale, une cour de justice!

Faut-il rappeler que selon l'esprit et la lettre de la Loi sur les archives du Québec, les organismes publics québécois, dont les municipalités, doivent gérer et protéger leurs documents importants. Il y a fort à parier que notre bon maire va régler la question en un temps trois mouvements… acrobatiques.

Michel Roberge

2009-11-23

187 – La valorisation du métier (2)


Dans mon billet 182, je soulevais la question de l’absence de programme universitaire de premier cycle complète (baccalauréat) pour la formation des futurs intervenants du métier. J’aurais dû préciser que cette observation s’appliquait au Québec alors que le Nouveau-Brunswick est plutôt un exemple à suivre. Merci à Madame Lisette Dugas, analyste néo-brunswickoise en gestion des documents, pour m’avoir rappelé l’existence du programme de Baccalauréat en gestion de l’information de l’Université de Moncton – Campus de Shippagan.

Mon oubli est d’ailleurs impardonnable d’autant plus que je le décris dans mon nouveau livre sur La gestion intégrée des documents. Pire encore, c’est un programme que je connais bien puisque j’avais été invité par cette université, avant sa création, pour sensibiliser le groupe de travail à l’origine de celui-ci aux concepts fondamentaux de gestion des documents et à l’importance de prévoir une formation professionnelle reposant sur au minimum des études spécialisées de premier cycle universitaire. Et je suis tout à fait d’accord avec Madame Dugas qui affirme « certes, c’est offert à l’extérieur du Québec, mais ce n’est pas tellement loin… »

Si j’envisageais faire carrière dans le métier que je pratique depuis près de 35 ans, je considérerais sérieusement l’option d’étudier à Shippagan.

Michel Roberge

2009-11-20

186 – Des documents publics qui auraient disparu

L’information vient du journal Le Soleil de Québec en date du 19 novembre 2009, dans un article intitulé « Éthique : Claude Blanchet avait des actions chez des partenaires de la SGF » signé par le journaliste Gilbert Lavoie. Voici le contexte. On sait que les ministres québécois doivent déposer, après leur nomination et annuellement, une déclaration de leurs intérêts et de ceux de leur conjoint. Par exemple, les propriétés et les actions qu'ils ou qu'elles détiennent dans des entreprises. Dans son article, le journaliste en question, soulève le cas des actions détenus par le conjoint de l’ex-ministre des Finances et vice-première ministre, madame Pauline Marois, au moment où celui-ci était président de la Société générale de financement (SGF). Je vous laisse lire le détail. Or, Gilbert Lavoie consacre la fin de son article pour mentionner que les déclarations d’intérêts des ministres pour les années 1998 et 2000 auraient disparu :

« L'étude des déclarations d'intérêts de Pauline Marois a mené à une trouvaille bizarre que personne n'est en mesure d'expliquer. Où sont les déclarations d'intérêts des ministres pour les années 1998 et 2000?

Le bureau de Jean Charest a répondu dans un premier temps que ces déclarations n'avaient pas été déposées, et qu'elles n'étaient donc pas de nature publique. Devant l'insistance du Soleil, on a vérifié davantage pour expliquer que les fonctionnaires chargés de la sauvegarde de ces documents refusaient de les transmettre parce qu'ils n'avaient pas été déposés en bonne et due forme, dans le temps.

Au cours des derniers jours, le bureau de Jean Charest avait changé de discours : on ne sait pas si ces documents existent. Les adjoints de Pauline Marois n'en savent pas davantage, et même les anciens adjoints de Bernard Landry ont été incapables de dire si les déclarations d'intérêts avaient été faites, et sinon, pourquoi.
»

Si ces documents ont existé, sont-ils tout simplement introuvables? Le ministère chargé de leur conservation les avait-il enregistrés dans son système de gestion documentaire? Avait-il un système de gestion documentaire fonctionnel et efficace? Si oui, pour des documents aussi importants, les règles de conservation pour la gestion de leur cycle de vie ont-elles été appliquées dans le respect des exigences de la Loi sur les archives? Si la réponse à ces quelques questions est « non », qu’en est-il pour les autres documents du ministère concerné? Et, si on extrapole pour l’ensemble des organismes visés, jusqu’à quel point l’esprit et la lettre des lois relatives à la gestion des documents publics sont-ils respectés? Voilà autant de questions qui intéressent à la fois les citoyens et les spécialistes de la gestion documentaire.

Michel Roberge

2009-11-17

185 – Un archiviste informateur recherché par Interpol

Lu dans le Nouvel Observateur (version Web) :

« Selon la presse allemande, Heinrich Kieber, un ancien employé de banque chargé de numériser des archives, serait l'informateur du Liechtenstein ayant vendu des informations bancaires à l'Allemagne, lui permettant d'enquêter sur une affaire de fraude fiscale sans précédent. Heinrich Kieber avait contacté les services secrets sous une fausse identité, se faisant passer pour une femme dans le premier courrier électronique qu'il leur avait adressé en janvier 2006, indique le quotidien Süddeutsche Zeitung de samedi 23 février. Dans ce courrier, il a motivé son acte en disant "ne plus supporter" la magouille et la tricherie, cite le journal. »

[…]

« L'identité complète de l'informateur, Heinrich Kieber, 42 ans, a été révélée par l'hebdomadaire Der Spiegel […] "Kieber avait accès en 2001 et 2002 à la totalité des documents de la banque fiduciaire LGT-Treuhand, parce qu'il numérisait les archives papier", indique le magazine. »

Il semble que cet archiviste serait recherché par Interpol, mais protégé par les services secrets allemands. Il y a des collègues qui ont une vie palpitante, digne d'un bon polar!

Trève de plaisanteries. Cette nouvelle met en évidence l'importance que mettre en place un processus contrôlé dans un projet de numérisation de documents. Cette activité est souvent prise à la légère dans beaucoup d'organisations. Les personnes qui opèrent les numériseurs et qui manipulent les documents à transférer de support ne doivent pas être laissées à elles-mêmes. Des engagements de confidentialité doivent absolument être prévus et un encadrement des opérations est incontournable. Un projet de transfert de support d'information doit donc être structuré.

Michel Roberge

2009-11-16

184 – Une publication attendue de BAnQ sur la numérisation des documents administratifs

Dans mon billet no 172, j’ai omis de mentionner la publication [Enfin puis qu’attendu depuis plusieurs années!] par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) qui traite de La numérisation des documents administratifs : méthodes et recommandations. Ce document normatif de 39 pages remplace l’ancien Guide d’imagerie numérique - Numérisation de l’information consignée sur des supports traditionnels publié en 1998. Il se veut un outil pratique qui, comme il est mentionné dans son introduction, « n’a nullement la prétention de faire le tour complet de la question de la numérisation des documents », ce qui est effectivement le cas. Conçu pour les organismes publics assujettis à la Loi sur les archives, ce document peut aussi être utile pour les organisations du secteur privé qui souhaitent numériser certaines séries de documents ou de dossiers.

En introduction, il y est question de l’inscription au calendrier de conservation des séries documentaires à numériser, de l’intégrité et la valeur juridique, de la documentation du processus de numérisation, de la destruction et conservation des documents sources, du respect du droit d’auteur, de l’accès à l’information et de la protection des renseignements personnels et confidentiels.

Trois chapitres du document portent ensuite sur les caractéristiques d’un projet de numérisation, sur les exigences archivistiques (gestion du cycle de vie, classification, conservation, accès et destruction), sur les exigences techniques (outils de numérisation ; résolution des images, formats de fichiers et supports de stockage recommandés). Une section supplémentaire regroupe des recommandations relatives aux aspects juridiques, archivistiques, techniques et complète le tout. En annexe, un formulaire de « Déclaration de numérisation » est aussi proposé.

Michel Roberge

2009-11-13

183 – Les livres, les journaux… et les documents électroniques


Comment expliquer que les livres électroniques (e-books) sont quasi toujours absents des salons du livre et ne connaissent que peu de succès malgré leur disponibilité auprès de nombreux distributeurs sur le Web? Et ce ne sont pas les initiatives qui manquent. J’ai déjà parlé de la nouvelle version du Kindle d’Amazone (billet 120) qui semble prometteuse : support de lecture plus mince, plus léger; écran plus grand. Et il y a d’autres solutions sur le marché. Nous ne sommes plus en 1970 alors que le projet Guttenberg de bibliothèque numérique voulait offrir des publications du domaine public alors que les supports de lectures autres que les écrans d’ordinateur n’étaient pas disponibles.

De leur côté, les journaux tentent d’offrir des versions équivalentes ou 100 % identiques en format électronique. Et il semble que les lecteurs du format papier hésitent à suivre le mouvement amorcé, même si des efforts sont faits pour rendre la consultation dynamique : feuilletage des pages, zoom sur les textes, photographies de meilleure qualité, présence des pages publicitaires…

Mais il y a quelque chose de physique qui manque à la lecture d’un texte sur un écran, même si le support de lecture électronique se tient dans sa main. Il faut bien sûr reconnaître les avantages sur la portabilité et la manipulation : pas facile de lire un journal dans le métro ou le bus. Mais combien agréable de le faire, au petit déjeuner, avec un bon café. On y perd tout le charme avec un ordinateur portable à côté de soi. Je dirais que c’est toute la différence entre assister à la présentation d’un film au cinéma et voir le même film sur son iPod! Une question de confort et, bien sûr d’ambiance.

Pour les documents administratifs, particulièrement certaines séries documentaires, c’est aussi le confort et une certaine efficacité que l’on recherche dans le « tout numérique » : avoir accès à l’information rapidement, sans avoir à se déplacer. Mais avouez que là aussi, le confort du repérage et de la consultation d’un dossier pourrait être grandement amélioré. Personnellement, je rêve du jour où, sur la surface d’une table de travail, nous puissions « afficher » un dossier, peut-être même sous forme d’une chemise de classement. Puis, du bout des doigts en « feuilleter » le contenu, commander une impression si nécessaire ou un envoi par Internet, en extraire une partie pour créer un nouveau document…

Michel Roberge

2009-11-11

182 – La valorisation du métier

À la fin octobre 2009, j’animais, dans la région de Montréal, un atelier sur la valorisation de la profession de spécialiste de la gestion intégrée des documents (GID) pour un groupe d’intervenantes dans le secteur québécois de l’éducation. Et comme depuis longtemps, voire depuis que je pratique ce métier, je suis toujours étonné des questions encore soulevées de nos jours.

Par exemple, la mince ligne qui distingue les responsabilités des professionnels et des techniciens avec comme conséquence la classification de certains postes dans des échelles de salaires plus basses pour des responsabilités plus importantes. Et ce, malgré le contenu limité du curriculum des cours offerts au niveau des techniques de la documentation.

Pourquoi n’existe-t-il toujours pas de baccalauréat (3 ans) spécialisé en gestion des documents administratifs et des archives? À quoi sert vraiment un doctorat (études de 3e cycle) dans le domaine? Pourquoi la formation universitaire n’est-elle pas plus « pratico-pratique »? Pourquoi certaines universités s’entêtent-elles à continuer d’offrir ces programmes au sein de départements d’histoire? Pourquoi ne pas migrer le tout en sciences de la gestion, puisqu’il s’agit là, avant tout, d’une fonction de gestion de ressources et ce sont les besoins de gestion qui sont le plus en demande?

Comment se fait-il que plusieurs intervenants trouvent difficilement des accointances parmi toutes les associations professionnelles existantes?

Comment occuper la place qui nous revient, dans une organisation, entre autres par rapport à celle occupée par les spécialistes des TI? Où se situer dans une profession en mutation qui nécessite de plus en plus de spécialisation en analyse des processus, en architecture documentaire, en gestion du changement, en réalisation d’audits… ?

Que répondre à ces interrogations fort légitimes de personnes passionnées par leur métier sans s’attirer les foudres de nos pairs, même en ayant osé encore une fois les soulever?

Michel Roberge

2009-11-08

181 – Décadence et grandeur de l’être humain


Si vous êtes, entre autres, amoureux des livres et des documents comme moi, je ne saurais trop vous recommander la lecture de Livres en feu – Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques de Lucien X. Polastron (Denoël 2009 – Folio Essais 519), celui-là même qui a publié un très beau livre sur l’histoire du papier. En plus de 400 pages bien documentées, l’auteur nous démontre comment « détruire la bibliothèque est un geste qui remonte à la plus haute Antiquité ».

Les sociétés humaines ont détruit plusieurs milliards d’exemplaires de livres et de documents pour des raisons politiques et, la plupart du temps, pour des raisons religieuses : plus de 125 exemples de destructions, incendies, pillages, brûlements, anéantissements, dévastations, autodafés, disparitions, sacs, plasticages, mainmises depuis la destruction des bibliothèques de Thèbes en 1358 avant notre ère jusqu’au « saccage de presque toutes les bibliothèques irakiennes à la suite de la « libervasion » américaine » nous y sont racontés. Et l’auteur de compléter son essai sur une question : « Attaque en règle contre le support papier, convoitises pharaoniques sur l’information numérisée… les dangers d’aujourd’hui sont-ils pires que les grands malheurs vécus part les bibliothèques? »

Mais cet ouvrage n’est pas que funeste. À preuve, ces quelques notes de lecture à propos des :

Tablettes d’argile : « C’est au creux de l’argile ramassée entre le Tigre et l’Euphrate que se poinçonnait le suméro-akkadien, surnommé vulgairement « le cunéiforme », qui servit de moyen d’enregistrement à une bonne dizaine de langues variées. La tablette était séchée au soleil, ce qui la rendait friable, ou au four, après que l’on y eut ménagé de fines cheminées pour qu’elle n’éclate pas. Objet inusable, sauf à s’acharner à le mettre en miette comme cela s’est évidemment produit. » (page 16)

Archives sumériennes : « Déjà les Sumériens [2000 ans avant notre ère, en Mésopotamie] organisaient leurs textes et archives dans des corbeilles d’osier, des sacs de cuir ou des boîtes de bois indexés avec une étiquette, évidemment en terre cuite elle aussi. » (page 17)

Premiers papyrus : « Le premier vestige [de papyrus] portant des hiéroglyphes, lui, date de 2400 av. J.-C. Grâce à cette substance, documents administratifs, décrets, correspondance et autres contrats sont établis avec une obsession du détail nettement tracassière. » (page 25)

Bibliothèques : « « Bibliothèque » (boîte à livres, puis dépôt) vient du grec biblion, le rouleau de papyrus, qui constituait la forme de livre la plus répandue de l’époque où il commença à exister des quantités appréciables de textes écrits; ce biblion est lui-même tiré de büblos, cœur de la tige du papyrus, un produit égyptien par excellence. Quoi qu’il arrive, donc, la bibliothèque prend naissance et appellation à Alexandrie. » (page 30)

Supports d’information (Chine avant notre ère) : « [Quand le message] avait plus de cent mots, on l’écrivait sur un ts’ö [paquet de fiches de bambou]; quand il y avait moins de cent mots, on l’écrivait sur un fang [planchette de bois]. Les lamelles de bambou et les planchettes de peuplier ou de saule sont la matière des textes depuis, sans doute, l’époque Shang jusqu’au IIIe siècle; la soie (si) les rejoint entre le Ve et le IIIe siècle avant J.-C. pour environ mille ans mais reste chère. Quant au papier (zhi), il fait son entrée discrète dans l’histoire du livre vers notre IIe siècle. C’est de loin le plus inflammable des trois. Il ne fera qu’améliorer ses performances dans ce domaine en devenant de plus en plus vaporeux au fur et à mesure que l’art papetier chinois s’affine, quand sa matière première cesse d’être le bambou pilé, puis le chanvre ou le mûrier blanc, jusqu’à devenir vers le VIIe siècle cette substance souple et silencieuse composée de la fibre du santal bleu avec un soupçon de paille et d’air pur, que nous connaissons. » (page 122-123)

Livres classifiés sous les Han (Chine) : « Si les premiers catalogues raisonnés sont perdus, la classification en sept sommaires, ou résumés, sera adoptée pour longtemps : général, classiques, philosophie, poésie, science militaire, astronomie et mathématiques, sciences occultes. » (page 133)

Premières obligations de dépôt légal (Chine) : « il n’est pas admissible […] qu’un livre se trouve dans une bibliothèque privée s’il n’est pas dans celle de l’empereur. » (page 134-135)

Premiers moyens de reproduction (Chine) : « Si le vestige le plus ancien d’un texte xylographié sur papier [à partir d’une gravure sur bois] est antérieur à l’année 751, c’est vers la fin du siècle suivant que des livres non manuscrits commencent à se produire de façon appréciable. » (page 137)

Premiers systèmes de classifications par couleurs (Chine) : « En 1772, [l’empereur Qianlong] suggère de retrouver dans les archives publiques ou privées, et de gré ou de force, tous les livres rares de la Chine, manuscrits ou imprimés, pour les rassembler en un gigantesque corpus intitulé Totalité des livres, quanshu, en quatre sections, siku. Ces quatre parties […] recevront une reliure de soie de couleur appropriée : ouvrages canoniques (vert), historiques (rouges), philosophiques (bleu), mélanges littéraires ou belles-lettres (gris). » (page 143-144)

Michel Roberge

2009-11-06

180 – La protection de la vie privée… fragile, fragile… malgré les bonnes intentions


Dans les médias, la controverse sur la diffusion sur Google Street d’images capturées dans des rues des villes a fait couler beaucoup d’encre, du moins au Québec et au Canada. En effet, des lois y ont été adoptées et mises à jour depuis quelques décennies. Elles ont pour objet de protéger la vie privée et les renseignements personnels. Dans certains cas, il s’agit de limiter l’accès à des renseignements sensibles : numéro d’assurance sociale, numéro de permis de conduire, date de naissance… Dans le cas de Google, il était surtout question de la possibilité d’identifier les visages des personnes apparaissant sur les prises de vues.

Voici un cas un peu particulier :

Une amie de ma fille, mère 4 enfants, et son conjoint ont eu, dernièrement, la surprise de leur vie. Sur une infolettre de Centraide Québec et Chaudière-Appalaches, une organisation qui recueille des dons afin d’aider des organismes à soutenir des personnes dans le besoin, la photo de l’une de leurs filles a été utilisée avec la citation suivante : « Depuis que mon papa est parti, maman pleure souvent… ». Jugez-en par vous-même.

Une infolettre diffusée dans plusieurs centaines de foyers de la région. Imaginez la stupéfaction et la colère des parents qui affirment n’avoir jamais accordé leur consentement. Et sur le même document, un jeune garçon qui déclare « Depuis que mon père est au chômage, c’est l’enfer à la maison… » ainsi qu’une dame d’un certain âge qui déplore que « Depuis que mon mari est décédé, je me sens seule et perdue… »? Ces personnes ont-elles donné leur assentiment?

Un beau cas de plainte en perspective auprès de la Commission d’accès à l’information pour non-respect de la protection des renseignements personnels dans le secteur privé!

Comment une organisation aussi sérieuse a-t-elle pu commettre cette bourde? L’organisme a beau être désolée « du malaise que cet envoi a pu créer au sein de votre famille» et que l’organisme oubliera à l’avenir l’idée de juxtaposer des citations sous des photos, ça me semble un peu faible comme réponse par rapport à l’impact potentiel du geste. Qui plus est, lorsque dans le courriel d’excuses on y dit que « si vous le souhaitez, nous nous engageons à détruire de notre banque de photos toutes celles sur lesquelles apparaît votre petite », cette proposition inquiète, laissant entendre que d’autres photos ont été stockées sans le consentement des parents.

Bien sûr, tout a certainement été fait de bonne foi et sans mauvaises intentions, mais je ne voudrais pas être à la place de ces parents qui doivent expliquer aux personnes qui ont identifié leur fille que cette affirmation est fausse. Dans de tels cas, il est possible de déposer une plainte à la Commission d'accès à l'information (CAI) du Québec. Une histoire à suivre.

Michel Roberge

2009-11-04

179 – La Gestion intégrée des documents (GID) sur Wikipedia


J’ai créé un article sur Wikipedia ayant pour titre La gestion intégrée des documents. J’y ai défini et décrit les caractéristiques de cette forme la plus récente du Records Management et de la gestion des documents d’archives ainsi qu'un bref historique des principaux concepts liés à la gestion des documents. Je vous invite à consulter cette page et à y ajouter tous les autres éléments d’information qui vous semblent pertinents. Contribuez à faire vivre cette page afin qu’elle demeure active dans cette grande encyclopédie libre. Vous y trouverez également un article sur la Méthodologie DFA/ALO pour l'établissement de schémas de classification de qualité supérieure et sur la Méthodologie DocumentFaire pour la conception, le développement, le déploiement, l'évaluation et la maintenance des systèmes de GID.

Michel Roberge

2009-11-02

178 – Réflexions sur les sciences de l’information

Je me fais le relais pour attirer votre attention sur cette vidéo qui a été réalisée par l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information (EBSI) de l'Université de Montréal, à l'occasion du lancement du livre Introduction aux sciences de l'information dont il était question dans le billet 150. Bien que la qualité sonore laisse à désirer, il est intéressant de prendre connaissance des arguments de cinq spécialistes du domaine qui font la promotion du métier et des défis à relever.





Et vous, qu'en pensez-vous?

Michel Roberge